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NIGER: De nouvelles approches doivent être adoptées pour lutter contre la malnutrition
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Claire Barrault/ECHO
En vertu de traditions relatives à l’alimentation, le régime alimentaire des Nigériens n’est souvent pas aussi varié qu’il le faudrait (photo d’archives)
NIAMEY, 4 avril 2011 (IRIN) - Frappé à maintes reprises par la sécheresse et les crises alimentaires ces 40 dernières années, le Niger cherche aujourd’hui à aller au-delà de la simple gestion des urgences, en investissant dans les stratégies de développement et de rétablissement – et en redoublant d’efforts en vue de nourrir sa population, extrêmement vulnérable, qui croît rapidement.
La nécessité d’adopter de nouvelles approches pour lutter contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire chronique comptait parmi les principaux thèmes abordés au cours de la Conférence internationale sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Niger (CISAN), un congrès scientifique et technique de deux jours qui a eu lieu à Niamey.
Mais le Niger est-il prêt à apporter les changements qui s’imposent ? Le pays était en effet l’épicentre de la crise alimentaire qui a touché le Sahel en 2010 ; pendant la crise, les enfants comptaient d’ailleurs parmi les premières victimes des pénuries alimentaires, au vu des taux de malnutrition aiguë sévère (MAS) extrêmement élevés relevés par les organisations non gouvernementales (ONG).
Le gouvernement reconnaît qu’il est essentiel de lutter contre la malnutrition des enfants ; il dirige, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Programme alimentaire mondial (PAM), un programme annuel de nutrition ciblé en faveur des enfants âgés de six à 23 mois. En temps normal, ce programme permet d’aider 200 000 à 300 000 enfants par an ; en 2010, pendant la crise, plus de 600 000 enfants en ont bénéficié.
« C’est le bon moment », a dit Guido Cornale, représentant de l’UNICEF au Niger, soulignant que les bailleurs seraient disposés à investir davantage dans les interventions en nutrition s’ils se rendaient compte que le pays était véritablement déterminé à lutter contre la malnutrition.
Les experts du développement ont averti que le Niger devait mettre en œuvre une intervention durable à long terme s’il ne souhaitait pas voir se reproduire les mêmes scénarios chaque année. Au cours de la conférence, les participants ont souligné la nécessité d’augmenter la quantité et d’améliorer la qualité des vivres, ainsi que d’assurer un meilleur accès aux vivres, tout en sensibilisant la population aux principes d’hygiène, à l’importance d’un régime alimentaire équilibré et à la valeur nutritionnelle des différents types d’aliments.
Appel à mobiliser davantage de ressources
Lire Aussi
Petites avancées vers un futur durable
La demande fait s’envoler la production locale de Plumpy’nut
Acheminer des vivres par camion, pirogue, chameau et charrette
Une crise, pas (encore) une catastrophe
Selon le docteur Guero Maimouna du ministère nigérien de la Santé publique (MSP), le pays a traversé deux crises au cours des six dernières années et acquis l’expérience nécessaire pour mener des interventions plus importantes, à plus long terme.
« Mais pour cela, nous avons besoin de ressources. Nous utilisons les ressources et les fonds dont nous disposons actuellement pour faire face au problème énorme auquel nous nous heurtons… Nous avons chaque année une vaste population d’enfants atteints de malnutrition ».
Chacun espère que les fonds obtenus dans le cadre des interventions à long terme permettront au Niger de trouver des solutions durables.
« On ne peut pas dépendre pour toujours des interventions d’urgence à court terme (qui sont très coûteuses) », a dit Charlotte Dufour de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il est important, a-t-elle en outre souligné, d’apprendre aux populations à faire au mieux avec les moyens dont elles disposent.
Les croyances traditionnelles, un obstacle
La sécheresse récurrente et la diminution de la production agricole, qui en résulte, sont à l’origine des pénuries alimentaires qui touchent le Niger, mais la malnutrition est essentiellement le résultat de croyances traditionnelles relatives à l’alimentation, qui empêchent les populations de prendre des repas équilibrés, à en croire Mele Djalo, directrice de l’action sanitaire et sociale au cabinet du Premier ministre.
« Par exemple, les Foulas, qui vivent dans la région de Maradi, ne mangent pas de poisson ; nous avons aussi des groupes ethniques qui pensent que le poulet est sale ; certains ne mangent pas d’œufs, etc. Sensibiliser ces communautés est une tâche très complexe qui exige des ressources », a-t-elle expliqué.
Le docteur Maimouna du MSP a admis que dans certaines régions du Niger, les rations de mélange de maïs et de soja enrichi, d’huile et de sucre étaient attractives pour des familles sans vivres, ni revenus : « Ils ramènent sans cesse leurs enfants malades, parce que les mères vendent les rations de leurs enfants ».
Selon Guido Cornale de l’UNICEF, au plus fort de la crise alimentaire de 2010, il avait été constaté que les rations mensuelles destinées aux enfants ne suffisaient que pour une semaine. « Nous avons découvert que les familles n’avaient pas de vivres et qu’elles consommaient les rations ».
Pour préserver les rations des enfants, l’UNICEF a alors lancé un vaste programme de transfert d’espèces dans les régions de Maradi et de Tahoua (sud-ouest) visant 35 000 ménages qui ont reçu chacun environ 126 dollars sur trois mois. D’après les résultats d’une évaluation indépendante, cette mesure s’est avérée efficace. « Les familles ont utilisé 80 pour cent de cet argent pour acheter des vivres », a dit M. Cornale.
Au Niger, il n’existe aucun programme « filet de sécurité » national, mais les vivres sont subventionnés en période de crise et des distributions alimentaires sont organisées.
Distribution alimentaire généralisée ?
Les participants à la conférence ont débattu de la nécessité de former les communautés à traiter la malnutrition modérée (au Niger, le taux de malnutrition modérée est élevé ; dans certaines régions, cette maladie touche près de la moitié des enfants). Un travailleur humanitaire a fait remarquer que les communautés étaient souvent incapables de traiter les cas de paludisme ou même de diarrhée grave.
« Si vous allez dans des régions où il n’y a pas d’ONG, rien n’est fait pour lutter contre la malnutrition »
D’après Stéphane Doyon, directeur de la campagne nutrition de Médecins sans frontières (MSF), les recherches effectuées dans le cadre de cette campagne ont révélé qu’il était plus efficace d’organiser des distributions alimentaires généralisées en faveur de tous les enfants âgés de six à 24 mois dans les régions à risque pour lutter contre la malnutrition modérée chronique, et n'employer les ressources limitées (notamment humaines) que pour traiter les enfants atteints de MAS.
Selon Malam Kanta Issa du Forum Santé Niger (FORSANI), une ONG locale dont les membres sont des professionnels de la médecine, les aides budgétaires insuffisantes ne permettent pas d’améliorer les services de santé. « Si vous allez dans des régions où il n’y a pas d’ONG, rien n’est fait pour lutter contre la malnutrition ». Des travailleurs de la santé ont d’ailleurs fait remarquer qu’ils avaient fait pression pour que la question de la nutrition soit abordée lors de la conférence.
Malgré tout, la mortalité des nourrissons est en diminution, et l’Objectif du millénaire pour le développement (fixé par les Nations Unies) consistant à réduire des deux tiers la mortalité infantile d’ici à 2015 est sans doute le seul que le Niger soit en voie d’atteindre.
« Il y a 2 100 dispensaires dans ce pays, qui traitent la malnutrition dans les régions rurales », a noté M. Cornale de l’UNICEF. « Ils ont l’air de faire leur travail ».
jk/he/cb –nh/amz
Theme (s)
:
Enfants
,
Sécurité alimentaire
,
Démocratie et gouvernance
,
Santé et nutrition
,
Politique
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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En vertu de traditions relatives à l’alimentation, le régime alimentaire des Nigériens n’est souvent pas aussi varié qu’il le faudrait (photo d’archives)
NIAMEY, 4 avril 2011 (IRIN) - Frappé à maintes reprises par la sécheresse et les crises alimentaires ces 40 dernières années, le Niger cherche aujourd’hui à aller au-delà de la simple gestion des urgences, en investissant dans les stratégies de développement et de rétablissement – et en redoublant d’efforts en vue de nourrir sa population, extrêmement vulnérable, qui croît rapidement.
La nécessité d’adopter de nouvelles approches pour lutter contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire chronique comptait parmi les principaux thèmes abordés au cours de la Conférence internationale sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Niger (CISAN), un congrès scientifique et technique de deux jours qui a eu lieu à Niamey.
Mais le Niger est-il prêt à apporter les changements qui s’imposent ? Le pays était en effet l’épicentre de la crise alimentaire qui a touché le Sahel en 2010 ; pendant la crise, les enfants comptaient d’ailleurs parmi les premières victimes des pénuries alimentaires, au vu des taux de malnutrition aiguë sévère (MAS) extrêmement élevés relevés par les organisations non gouvernementales (ONG).
Le gouvernement reconnaît qu’il est essentiel de lutter contre la malnutrition des enfants ; il dirige, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Programme alimentaire mondial (PAM), un programme annuel de nutrition ciblé en faveur des enfants âgés de six à 23 mois. En temps normal, ce programme permet d’aider 200 000 à 300 000 enfants par an ; en 2010, pendant la crise, plus de 600 000 enfants en ont bénéficié.
« C’est le bon moment », a dit Guido Cornale, représentant de l’UNICEF au Niger, soulignant que les bailleurs seraient disposés à investir davantage dans les interventions en nutrition s’ils se rendaient compte que le pays était véritablement déterminé à lutter contre la malnutrition.
Les experts du développement ont averti que le Niger devait mettre en œuvre une intervention durable à long terme s’il ne souhaitait pas voir se reproduire les mêmes scénarios chaque année. Au cours de la conférence, les participants ont souligné la nécessité d’augmenter la quantité et d’améliorer la qualité des vivres, ainsi que d’assurer un meilleur accès aux vivres, tout en sensibilisant la population aux principes d’hygiène, à l’importance d’un régime alimentaire équilibré et à la valeur nutritionnelle des différents types d’aliments.
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« Mais pour cela, nous avons besoin de ressources. Nous utilisons les ressources et les fonds dont nous disposons actuellement pour faire face au problème énorme auquel nous nous heurtons… Nous avons chaque année une vaste population d’enfants atteints de malnutrition ».
Chacun espère que les fonds obtenus dans le cadre des interventions à long terme permettront au Niger de trouver des solutions durables.
« On ne peut pas dépendre pour toujours des interventions d’urgence à court terme (qui sont très coûteuses) », a dit Charlotte Dufour de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il est important, a-t-elle en outre souligné, d’apprendre aux populations à faire au mieux avec les moyens dont elles disposent.
Les croyances traditionnelles, un obstacle
La sécheresse récurrente et la diminution de la production agricole, qui en résulte, sont à l’origine des pénuries alimentaires qui touchent le Niger, mais la malnutrition est essentiellement le résultat de croyances traditionnelles relatives à l’alimentation, qui empêchent les populations de prendre des repas équilibrés, à en croire Mele Djalo, directrice de l’action sanitaire et sociale au cabinet du Premier ministre.
« Par exemple, les Foulas, qui vivent dans la région de Maradi, ne mangent pas de poisson ; nous avons aussi des groupes ethniques qui pensent que le poulet est sale ; certains ne mangent pas d’œufs, etc. Sensibiliser ces communautés est une tâche très complexe qui exige des ressources », a-t-elle expliqué.
Le docteur Maimouna du MSP a admis que dans certaines régions du Niger, les rations de mélange de maïs et de soja enrichi, d’huile et de sucre étaient attractives pour des familles sans vivres, ni revenus : « Ils ramènent sans cesse leurs enfants malades, parce que les mères vendent les rations de leurs enfants ».
Selon Guido Cornale de l’UNICEF, au plus fort de la crise alimentaire de 2010, il avait été constaté que les rations mensuelles destinées aux enfants ne suffisaient que pour une semaine. « Nous avons découvert que les familles n’avaient pas de vivres et qu’elles consommaient les rations ».
Pour préserver les rations des enfants, l’UNICEF a alors lancé un vaste programme de transfert d’espèces dans les régions de Maradi et de Tahoua (sud-ouest) visant 35 000 ménages qui ont reçu chacun environ 126 dollars sur trois mois. D’après les résultats d’une évaluation indépendante, cette mesure s’est avérée efficace. « Les familles ont utilisé 80 pour cent de cet argent pour acheter des vivres », a dit M. Cornale.
Au Niger, il n’existe aucun programme « filet de sécurité » national, mais les vivres sont subventionnés en période de crise et des distributions alimentaires sont organisées.
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Les participants à la conférence ont débattu de la nécessité de former les communautés à traiter la malnutrition modérée (au Niger, le taux de malnutrition modérée est élevé ; dans certaines régions, cette maladie touche près de la moitié des enfants). Un travailleur humanitaire a fait remarquer que les communautés étaient souvent incapables de traiter les cas de paludisme ou même de diarrhée grave.
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D’après Stéphane Doyon, directeur de la campagne nutrition de Médecins sans frontières (MSF), les recherches effectuées dans le cadre de cette campagne ont révélé qu’il était plus efficace d’organiser des distributions alimentaires généralisées en faveur de tous les enfants âgés de six à 24 mois dans les régions à risque pour lutter contre la malnutrition modérée chronique, et n'employer les ressources limitées (notamment humaines) que pour traiter les enfants atteints de MAS.
Selon Malam Kanta Issa du Forum Santé Niger (FORSANI), une ONG locale dont les membres sont des professionnels de la médecine, les aides budgétaires insuffisantes ne permettent pas d’améliorer les services de santé. « Si vous allez dans des régions où il n’y a pas d’ONG, rien n’est fait pour lutter contre la malnutrition ». Des travailleurs de la santé ont d’ailleurs fait remarquer qu’ils avaient fait pression pour que la question de la nutrition soit abordée lors de la conférence.
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