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jeudi 23 mai 2013
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MONDE: Aider les travailleurs humanitaires
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Abdul Majeed Goraya/IRIN
Ce ne sont pas tous les travailleurs humanitaires qui sont capables de supporter les conditions de travail difficiles qui prévalent à la suite d’une catastrophe (photo d’archives)
DAKAR, 23 août 2010 (IRIN) - L'alcool, l'excès de sommeil, les drogues, le retrait social et le sexe sont quelques-uns des moyens auxquels ont recours les travailleurs humanitaires victimes d'épuisement professionnel pour évacuer le stress constant auquel ils sont confrontés lors d'une intervention d'urgence classique. Mais, au fur et à mesure que les recherches sur les effets du stress sur le cerveau progressent, les spécialistes de la santé mentale espèrent renforcer la résilience naturelle des professionnels travaillant sur le terrain.
« Vous pouvez vous retrouver devant des enfants moribonds ou des gens qui ont tout perdu et qui attendent de vous que, d'un coup de baguette magique, vous les rameniez à la situation dans laquelle ils se trouvaient avant la crise. En plus de cela, vous devez faire face à un environnement difficile, vous travaillez 20 h par jour, c’est très stressant. Certaines personnes se laissent inévitablement aller et adoptent des comportements à risque », a dit à IRIN un travailleur humanitaire qui est intervenu après des catastrophes en Indonésie, au Pakistan et au Niger.
Les travailleurs humanitaires exercent dans les circonstances les plus difficiles que l'on puisse imaginer. Les chocs violents – également connus sous le nom de stress traumatique – dont ils peuvent être victimes ou témoins sont, par exemple, les décès à grande échelle, les vols avec violence, les fusillades, les enlèvements et la violence sexuelle. Les travailleurs sont de plus en plus la cible d'agressions directes.
Pour la plupart, ce sont les facteurs de stress moins extrêmes, mais quotidiens et cumulés, qui conduisent à l'épuisement professionnel, comme l'adaptation à une nouvelle culture, la chaleur ou le froid intense, les conditions de vie difficiles, les longues heures de travail et la mauvaise nourriture. Si l'on ajoute à cela l'insécurité quotidienne, les couvre-feux et la perte de la liberté de mouvement, tous les ingrédients sont là pour un éventuel épuisement.
« Alors que les missions deviennent de plus en plus dangereuses, le stress est tout simplement inévitable », a dit Donald Bosch, directeur du service de soutien psychologique de l’Institut Headington, un organisme américain qui offre des soins psychologiques aux travailleurs humanitaires.
Selon Kaz de Jong, psychologue chez Médecins sans Frontières (MSF) aux Pays-Bas, et Sian Kelly, conseillère en santé et en sécurité pour Save the Children, au Royaume-Uni, les principaux facteurs de stress sont souvent liés au travail. Les travailleurs peuvent notamment être victimes de stress lorsqu’ils tentent de mettre de l'ordre dans une situation chaotique, de faire face à des attentes trop élevées du siège ou des bénéficiaires ou de gérer les relations entre les membres de l'équipe et les responsables.
Le stress émotionnel des employés lorsqu'ils se sentent abandonnés par leur organisation est intense et souvent négligé. Ils peuvent avoir ce sentiment quand l'école pour laquelle ils ont travaillé d'arrache-pied n'est pas construite, quand leurs collaborateurs détournent de l'argent ou quand le siège de leur organisation ne leur apporte pas son soutien.
« Pour la plupart des travailleurs humanitaires, il est très important d'avoir une raison de faire [ce travail] », a dit M. Bosch. « Lorsqu'un sentiment de trahison vient mettre cela en péril, c'est extrêmement démoralisant ».
Dans ces circonstances, l'épuisement professionnel est non seulement inévitable, mais il est aussi salutaire, a dit M. de Jong. « [On ne peut pas] envoyer ces personnes dans ces circonstances sans s'attendre à ce qu'ils soient confrontés au stress et aux traumatismes. Ces conséquences sont prévisibles. Nous devons en tenir compte et aider les employés avant, pendant et après [les interventions d'urgence] ».
Signes avant-coureurs
Les symptômes du stress sont très variables, mais, selon M. Bosch, l'irritabilité, l'anxiété, la dépression, les conflits fréquents et le repli sur soi font partie des signaux qu’envoie le cerveau pour dire « qu’il n’en peut plus ».
« Les gens peuvent avoir la sensation qu'ils n'ont plus de place en eux...qu'ils n'ont plus la capacité d'encaisser quoi que ce soit, même des choses insignifiantes », a-t-il expliqué. « Ils peuvent ne plus être capables de penser clairement et chaque détail peut prendre de l'importance à leurs yeux ».
Même si la plupart des travailleurs humanitaires ne subissent pas de véritable stress post-traumatique, a dit M. Bosch, les employés doivent être à l'affût des symptômes : reviviscences, pensées envahissantes, tactiques d'évitement, paranoïa ou manque de confiance, perte de mémoire.
« Ces symptômes indiquent que l'hippocampe – qui joue essentiellement un rôle d'amortisseur pour le cerveau – et d'autres éléments du cerveau ne fonctionnent plus comme avant », a-t-il expliqué. M. de Jong a estimé que 3 à 4 pour cent des employés de MSF développaient des maladies mentales graves, principalement des dépressions ou des psychoses, lorsqu'ils travaillaient sur le terrain.
Cordes à sauter et photos de famille
Les ONG professionnelles de plus grande envergure ont reconnu la nécessité de se préoccuper de la santé mentale des travailleurs humanitaires. Leurs employés ont maintenant accès aux services d’un conseiller avant et après leurs missions et à un service d’assistance téléphonique 24 heures. En outre, des rencontres sont régulièrement organisées pour discuter des hauts et des bas de la mission. MSF envoie souvent des conseillers dans les zones d’urgence dans le cadre de « visites de prévention du stress » pour réunir les travailleurs de terrain et faire le point avec eux.
Les organisations d’aide humanitaire tentent également d’améliorer les conditions de travail et de vie du personnel. Dans le cadre de la réponse au tremblement de terre en Haïti, Moustafa Osman, chef du programme d’aide d’urgence de l’ONG Islamic Relief, a fourni un téléviseur aux travailleurs, leur a permis de regarder des films pendant leur temps libre et les a fortement encouragé à participer aux matchs hebdomadaires de football afin de garder la forme et d’entretenir des interactions sociales.
« Si nous nous isolons, nous risquons de ne pas tenir le coup », a dit M. Bosch. Pour atténuer le stress, nous pouvons tout simplement encourager le personnel à contacter leur famille par courriel ou à emmener avec eux des photos ou d’autres objets qui leur rappellent leurs proches.
L’Institut Headington collabore étroitement avec une organisation qui distribue des cordes à sauter à tous ses travailleurs de terrain. En effet, selon des recherches récentes, l’exercice peut atténuer le stress et limiter la confusion créée par celui-ci.
Lorsque l’homme est soumis à un stress extrême, l’hippocampe se contracte et l’amygdale – le système d’alarme du cerveau – prend de l’expansion et provoque l’apparition de symptômes traumatiques, a expliqué M. Bosch. « Ainsi, il est fort probable que les travailleurs humanitaires qui ont expérimenté des secousses secondaires lors du tremblement de terre en Haïti sursautent chaque fois qu’un gros camion passe à proximité. »
Malheureusement, l’amygdale est conçue pour ne pas oublier ce qu’elle enregistre. Bonne nouvelle toutefois, l’exercice physique peut permettre à l’hippocampe de reprendre sa taille normale. « Port-au Prince n’est peut-être pas l’endroit idéal pour jogger, mais vous pouvez faire de la gymnastique, danser ou sauter à la corde », a ajouté M. Bosch.
Mieux vaut prévenir que guérir
Pour éviter une diminution du volume de l’hippocampe, on peut notamment, selon des spécialistes de la santé mentale, préparer le personnel à réagir au stress. « Nous devons considérer l’ensemble du cycle de vie d’un travailleur humanitaire – pré-déploiement, mission et post-déploiement », a dit Mme Kelly, qui organise des séances de résilience personnelle et de bien-être avant et après les missions pour l’organisation Save the Children.
« Nous parlons de leur travail, de leur état de santé, de leurs traits de personnalité et de leur façon de garder le contact avec la famille et les amis. Nous abordons le risque d’isolement, d’ennui et d’attentes trop élevées », a-t-elle indiqué à IRIN.
M. de Jong est d’accord pour dire qu’une intervention précoce peut permettre d’éviter le surmenage. « D’après mon expérience, la majorité du personnel, lorsqu’il bénéficie dès le départ de soutien, fait preuve d’une certaine résilience naturelle. Certains employés ont besoin de plus d’encouragements, mais il suffit de les leur donner dès le départ. »
L’Institut Headington publiera bientôt un « inventaire de résilience », dont l’objectif est d’évaluer plus précisément comment les travailleurs humanitaires risquent de réagir [à certaines situations] et de déterminer ce qui peut générer un stress chez eux.
Si des événements traumatisants comme une prise d’otages ou une fusillade laissent inévitablement des marques, il existe des « formations haute fidélité » pour savoir comment gérer le stress. Les travailleurs humanitaires y apprennent comment réagir dans des situations comme celles-là.
« Parmi ces formations, les meilleures mettent l’emphase sur la dimension psychologique », a indiqué M. Bosch. « Les participants se sentent presque toujours plus prêts par la suite. Ils me disent qu’ils savent quoi surveiller et comment réagir si une situation comme celles-là se produit. »
aj/am/he/gd
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Environnement
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Politique
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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« Vous pouvez vous retrouver devant des enfants moribonds ou des gens qui ont tout perdu et qui attendent de vous que, d'un coup de baguette magique, vous les rameniez à la situation dans laquelle ils se trouvaient avant la crise. En plus de cela, vous devez faire face à un environnement difficile, vous travaillez 20 h par jour, c’est très stressant. Certaines personnes se laissent inévitablement aller et adoptent des comportements à risque », a dit à IRIN un travailleur humanitaire qui est intervenu après des catastrophes en Indonésie, au Pakistan et au Niger.
Les travailleurs humanitaires exercent dans les circonstances les plus difficiles que l'on puisse imaginer. Les chocs violents – également connus sous le nom de stress traumatique – dont ils peuvent être victimes ou témoins sont, par exemple, les décès à grande échelle, les vols avec violence, les fusillades, les enlèvements et la violence sexuelle. Les travailleurs sont de plus en plus la cible d'agressions directes.
Pour la plupart, ce sont les facteurs de stress moins extrêmes, mais quotidiens et cumulés, qui conduisent à l'épuisement professionnel, comme l'adaptation à une nouvelle culture, la chaleur ou le froid intense, les conditions de vie difficiles, les longues heures de travail et la mauvaise nourriture. Si l'on ajoute à cela l'insécurité quotidienne, les couvre-feux et la perte de la liberté de mouvement, tous les ingrédients sont là pour un éventuel épuisement.
« Alors que les missions deviennent de plus en plus dangereuses, le stress est tout simplement inévitable », a dit Donald Bosch, directeur du service de soutien psychologique de l’Institut Headington, un organisme américain qui offre des soins psychologiques aux travailleurs humanitaires.
Selon Kaz de Jong, psychologue chez Médecins sans Frontières (MSF) aux Pays-Bas, et Sian Kelly, conseillère en santé et en sécurité pour Save the Children, au Royaume-Uni, les principaux facteurs de stress sont souvent liés au travail. Les travailleurs peuvent notamment être victimes de stress lorsqu’ils tentent de mettre de l'ordre dans une situation chaotique, de faire face à des attentes trop élevées du siège ou des bénéficiaires ou de gérer les relations entre les membres de l'équipe et les responsables.
Le stress émotionnel des employés lorsqu'ils se sentent abandonnés par leur organisation est intense et souvent négligé. Ils peuvent avoir ce sentiment quand l'école pour laquelle ils ont travaillé d'arrache-pied n'est pas construite, quand leurs collaborateurs détournent de l'argent ou quand le siège de leur organisation ne leur apporte pas son soutien.
« Pour la plupart des travailleurs humanitaires, il est très important d'avoir une raison de faire [ce travail] », a dit M. Bosch. « Lorsqu'un sentiment de trahison vient mettre cela en péril, c'est extrêmement démoralisant ».
Dans ces circonstances, l'épuisement professionnel est non seulement inévitable, mais il est aussi salutaire, a dit M. de Jong. « [On ne peut pas] envoyer ces personnes dans ces circonstances sans s'attendre à ce qu'ils soient confrontés au stress et aux traumatismes. Ces conséquences sont prévisibles. Nous devons en tenir compte et aider les employés avant, pendant et après [les interventions d'urgence] ».
Signes avant-coureurs
Les symptômes du stress sont très variables, mais, selon M. Bosch, l'irritabilité, l'anxiété, la dépression, les conflits fréquents et le repli sur soi font partie des signaux qu’envoie le cerveau pour dire « qu’il n’en peut plus ».
« Les gens peuvent avoir la sensation qu'ils n'ont plus de place en eux...qu'ils n'ont plus la capacité d'encaisser quoi que ce soit, même des choses insignifiantes », a-t-il expliqué. « Ils peuvent ne plus être capables de penser clairement et chaque détail peut prendre de l'importance à leurs yeux ».
Même si la plupart des travailleurs humanitaires ne subissent pas de véritable stress post-traumatique, a dit M. Bosch, les employés doivent être à l'affût des symptômes : reviviscences, pensées envahissantes, tactiques d'évitement, paranoïa ou manque de confiance, perte de mémoire.
« Ces symptômes indiquent que l'hippocampe – qui joue essentiellement un rôle d'amortisseur pour le cerveau – et d'autres éléments du cerveau ne fonctionnent plus comme avant », a-t-il expliqué. M. de Jong a estimé que 3 à 4 pour cent des employés de MSF développaient des maladies mentales graves, principalement des dépressions ou des psychoses, lorsqu'ils travaillaient sur le terrain.
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Les organisations d’aide humanitaire tentent également d’améliorer les conditions de travail et de vie du personnel. Dans le cadre de la réponse au tremblement de terre en Haïti, Moustafa Osman, chef du programme d’aide d’urgence de l’ONG Islamic Relief, a fourni un téléviseur aux travailleurs, leur a permis de regarder des films pendant leur temps libre et les a fortement encouragé à participer aux matchs hebdomadaires de football afin de garder la forme et d’entretenir des interactions sociales.
« Si nous nous isolons, nous risquons de ne pas tenir le coup », a dit M. Bosch. Pour atténuer le stress, nous pouvons tout simplement encourager le personnel à contacter leur famille par courriel ou à emmener avec eux des photos ou d’autres objets qui leur rappellent leurs proches.
L’Institut Headington collabore étroitement avec une organisation qui distribue des cordes à sauter à tous ses travailleurs de terrain. En effet, selon des recherches récentes, l’exercice peut atténuer le stress et limiter la confusion créée par celui-ci.
Lorsque l’homme est soumis à un stress extrême, l’hippocampe se contracte et l’amygdale – le système d’alarme du cerveau – prend de l’expansion et provoque l’apparition de symptômes traumatiques, a expliqué M. Bosch. « Ainsi, il est fort probable que les travailleurs humanitaires qui ont expérimenté des secousses secondaires lors du tremblement de terre en Haïti sursautent chaque fois qu’un gros camion passe à proximité. »
Malheureusement, l’amygdale est conçue pour ne pas oublier ce qu’elle enregistre. Bonne nouvelle toutefois, l’exercice physique peut permettre à l’hippocampe de reprendre sa taille normale. « Port-au Prince n’est peut-être pas l’endroit idéal pour jogger, mais vous pouvez faire de la gymnastique, danser ou sauter à la corde », a ajouté M. Bosch.
Mieux vaut prévenir que guérir
Pour éviter une diminution du volume de l’hippocampe, on peut notamment, selon des spécialistes de la santé mentale, préparer le personnel à réagir au stress. « Nous devons considérer l’ensemble du cycle de vie d’un travailleur humanitaire – pré-déploiement, mission et post-déploiement », a dit Mme Kelly, qui organise des séances de résilience personnelle et de bien-être avant et après les missions pour l’organisation Save the Children.
« Nous parlons de leur travail, de leur état de santé, de leurs traits de personnalité et de leur façon de garder le contact avec la famille et les amis. Nous abordons le risque d’isolement, d’ennui et d’attentes trop élevées », a-t-elle indiqué à IRIN.
M. de Jong est d’accord pour dire qu’une intervention précoce peut permettre d’éviter le surmenage. « D’après mon expérience, la majorité du personnel, lorsqu’il bénéficie dès le départ de soutien, fait preuve d’une certaine résilience naturelle. Certains employés ont besoin de plus d’encouragements, mais il suffit de les leur donner dès le départ. »
L’Institut Headington publiera bientôt un « inventaire de résilience », dont l’objectif est d’évaluer plus précisément comment les travailleurs humanitaires risquent de réagir [à certaines situations] et de déterminer ce qui peut générer un stress chez eux.
Si des événements traumatisants comme une prise d’otages ou une fusillade laissent inévitablement des marques, il existe des « formations haute fidélité » pour savoir comment gérer le stress. Les travailleurs humanitaires y apprennent comment réagir dans des situations comme celles-là.
« Parmi ces formations, les meilleures mettent l’emphase sur la dimension psychologique », a indiqué M. Bosch. « Les participants se sentent presque toujours plus prêts par la suite. Ils me disent qu’ils savent quoi surveiller et comment réagir si une situation comme celles-là se produit. »
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