SOUDAN-SOMALIE: Dangereux pour les minorités
La Somalie, le Soudan, l’Irak et l’Afghanistan sont classés en tête de la liste des pays les plus touchés par la violence envers les groupes ethniques et religieux
NAIROBI, 30 avril 2010 (IRIN) - La Somalie et le Soudan sont classés respectivement premier et deuxième parmi les pays dont les communautés minoritaires sont les plus exposées au risque de violences dues aux conflits armés, à la violence politique, aux déplacements et à l’absence d’Etat de droit, selon une nouvelle analyse.
Les autres pays énumérés dans
Peoples under Threat 2010 [Populations menacées 2010], publié par Minority Rights Group International (MRG), une organisation non gouvernementale (ONG) londonienne, sont l’Irak, l’Afghanistan, le Myanmar, le Pakistan, la République démocratique du Congo (RDC), l’Éthiopie, le Nigeria et le Tchad.
« En l’absence d’une autorité étatique effective ou d’un Etat de droit accepté en Somalie, les minorités marginalisées, exclues du système clanique, notamment les Bantus et les Gaboyes, sont particulièrement exposées à la persécution », a dit à IRIN Marusca Perazzi, porte-parole de MRG, à l’occasion de la présentation du rapport, à Nairobi, le 27 avril.
Selon le
Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la minorité bantue est le « peuple oublié » de Somalie, et tout comme d’autres communautés, telles que les Gaboyes et d’autres castes comme les Tumals, elle est victime de discrimination et sa sécurité n’est pas efficacement assurée.
On compte, parmi les minorités menacées du Sud-Soudan, les Murles, les Kachipos, les Anyuaks, les Jies et les Longarims, les Didingas et les Boyas. Ces minorités sont exposées aux attaques des Dinkas, ethnie dominante, selon MRG, aux affrontements entre groupes, aux conflits liés aux terres et au bétail, à une représentation faible ou nulle au sein du gouvernement, et au changement climatique.
Les Fours, les Zaghawas et les Massalits du Darfour sont également menacés, toujours d’après MRG.
« Nous pensons que lorsque les minorités ne sont pas protégées ou n’ont pas voix au chapitre au sein du gouvernement, tôt ou tard, cela donne lieu à des violences », a dit Mme Perazzi. « Donc, les massacres qui ont eu lieu dans le pays ont été facilités par le fait que les pays étrangers n’ont pas pris en compte ces détails nuancés, dans le cadre de la préparation des négociations et au cours de leurs interventions humanitaires ».
Alerte précoce
L’analyse de MRG se fonde sur les indicateurs de bonne gouvernance de la Banque mondiale, les indicateurs de conflit du Center for Systemic Peace, ainsi que les classements de risque lié au crédit publiées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
D’après MRG, les trois Etats qui ont gagné le plus de places sur le tableau, en 2010, sont le Soudan, la Fédération russe et les Philippines.
Or, les pays qui se hissent brusquement au tableau s’avèrent être par la suite le théâtre de violations graves des droits humains, a dit Mme Perazzi.
Ainsi, avant les violences électorales qui ont eu lieu au Kenya, MRG avait signalé que le pays était sur le point de voir éclater un conflit ethnique si le gouvernement ne s’engageait pas à corriger les injustices sociales historiques, profondément ancrées, qui modèlent le paysage ethnique kényan.
Le Kenya est passé de la 14ème à la 41ème place dans les derniers classements, une amélioration significative, selon Mohamed Matovu, chargé de l'information régionale de MRG, en raison de récentes réformes politiques et de la possibilité de mise en examen des auteurs de violences par la Cour pénale internationale.
Toutefois, selon MRG, certaines minorités kényanes (dont les Somalis, les Ogieks, les Endorois, etc.) sont menacées par les expropriations forcées et les déplacements, et n'ont donc pas voix au chapitre dans le cadre des processus politiques et de prise de décisions nationaux.
« La différence entre notre outil d’analyse statistique et d’autres produits, c’est que le nôtre est un système d’alerte précoce, pas une évaluation réalisée à la suite d'événements. Une minorité ne se définit pas par son nombre, mais par son manque de participation et son exclusion du processus de prise de décisions. Cela crée une instabilité politique et pour nous, c’est un indicateur et un avertissement clair que l’avenir du pays est en jeu », a dit M. Matovu à IRIN.
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]