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MONDE: Vers un indice de qualité de l’aide
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Nic McPhee/Flickr
Un indice solide doit être mis au point pour mesurer la qualité de l’aide apportée par les bailleurs, estiment les analystes
OXFORD, 7 avril 2010 (IRIN) - Les bailleurs font régulièrement des promesses et des déclarations grandioses, mais pour déterminer s’ils savent se montrer à la hauteur de ces engagements, des indicateurs clairs d’évaluation de la qualité de l’aide doivent être mis au point.
Aujourd’hui, alors que davantage d’informations sur l’aide au développement sont rendues publiques, un certain nombre d’universitaires et d’institutions travaillent à la création de ces indicateurs.
« Nous en sommes au début d’une tentative de détermination des différents aspects de la qualité de l’aide susceptibles d’être mesurés et de ce qu’il est bon de faire en fonction de ce sur quoi on peut obtenir des données », a déclaré à IRIN Karin Christiansen, directrice de Publish What You Fund (PWYF). « Personne n’a fait cela jusqu’ici avec les données de Paris [engagements en faveur de l’efficacité de l’aide, pris par les bailleurs du développement, lors d’une conférence tenue à Paris en 2003], alors c’est très excitant ».
Il existe déjà des indices mesurant différents aspects de l’aide au développement, mais ceux-ci ne sont pas encore strictement axés sur l’analyse de la responsabilité, selon les analystes.
L’engagement du Center for Global Development (CGD) en faveur d’un
indice de développement
créé par le mathématicien David Roodman est un bon début ; cet indice permet de classer 22 pays en évaluant dans quelle mesure ils aident leurs bénéficiaires à produire des richesses, et à assurer la bonne gouvernance et la sécurité.
En 2009, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et la Nouvelle-Zélande arrivaient en tête ; tandis que la Corée du Sud, le Japon, la Suisse et la Grèce étaient classés derniers.
Jusqu’à présent, les principaux bailleurs évaluent leurs performances mutuelles par le biais du système d’évaluation par les pairs du Comité d’aide au développement (le CAD est un organe de
l’Organisation de coopération et de développement économiques
). Mais les analystes doivent aller plus loin, à en croire Karin Christiansen, de PWYF.
Un indice indépendant
Pour mettre au point un indice complet et indépendant, ont expliqué des analystes à l’occasion d’une conférence sur la transparence de l’aide organisée récemment à Oxford, la première étape consiste à faire reposer l’analyse sur les promesses déjà faites par les bailleurs (en l’occurrence, sur la Déclaration de Paris de 2003 et les déclarations prononcées, en 2008, au Ghana, concernant l’efficacité de l’aide). Dans le cadre de ces promesses, les bailleurs de fonds ont convenu : d’assurer que les pays en développement dirigent efficacement les politiques de développement ; d’axer leur soutien sur les stratégies de développement nationales des pays ; d’harmoniser l’aide de façon à réduire les coûts de transaction, et d’assurer une plus grande
transparence
de l’aide.
Stephen Knack, économiste à la Banque mondiale, Homi Kharas, de la Brookings Institution, Pranay Kumar Sinha, de l’université de Birmingham, et Claudia Williamson, de l’université de New York ont pris ces promesses comme point de départ des indices sur lesquels ils travaillent.
Stephen
Kharas
évalue les bailleurs en fonction de quatre indices : maximisation des répercussions de l’aide ; réduction du fardeau de l’aide sur les bénéficiaires ; promotion des institutions [locales] ; et transparence, les indicateurs dont il se sert permettant notamment de déterminer quelle part du budget est consacrée aux frais administratifs, dans quelle mesure l’aide est liée ou déliée, ou si les informations concernant l’aide sont bien communiquées.
Les résultats préliminaires montrent que concernant la réduction du fardeau de l’aide sur les bénéficiaires, les Etats-Unis, classés 30e sur 32, s’en tirent mal ; la Commission européenne (CE) se classe elle aussi assez mal, à la 23e place ; le Royaume-Uni obtient quant à lui de meilleurs résultats, puisqu’il arrive à la septième place ; en revanche, les Etats-Unis se rachètent dans la catégorie transparence, où ils occupent la 12e place devant la Commission européenne, à la 18e place, et derrière le Royaume-Uni, toujours à la septième place.
Les recherches préliminaires de Stephen Knack ajoutent de nouvelles catégories au menu, évaluant notamment dans quelle mesure l’aide est axée sur les besoins, et mettent en lumière les organismes à la fois multilatéraux et bilatéraux.
Quant à Claudia Williamson, elle évalue les bailleurs en fonction des normes définies par les meilleures pratiques dans les domaines de la transparence, des frais généraux, de l’harmonisation et de la coordination, et de la distribution vers des canaux efficaces ; elle en conclut que l’aide reste trop fragmentée, et que les frais généraux varient grandement d’un bailleur à l’autre. Le Canada, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les Etats-Unis arrivent en tête dans la catégorie transparence, évaluée à partir des statistiques 2008 sur la communication des informations relatives à l’aide ; les organismes des Nations Unies et le Fonds mondial se classent quant à eux parmi les
derniers
.
Le bilan
PWYF fait actuellement le bilan de tout cela, ainsi que d’autres évaluations de responsabilité déjà réalisées, et en ajoutera d’autres de son cru, pour créer son propre indice complet de la qualité de l’aide, prêt pour un tir d’essai fin 2010, selon Mme Christiansen.
Les variables prévues par PWYF concerneront les éléments suivants : quelles informations relatives à l’aide qu’ils apportent les bailleurs transmettent-ils aux bases de données, notamment à la
base de données du CAD
; les informations sur l’aide apportée sont-elles accessibles ; et les bailleurs sont-ils membres de l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (
IITA
). PWYF se servira aussi des données de Debt Relief International sur l’évaluation, par les gouvernements bénéficiaires, de la transparence des bailleurs en ce qui concerne la communication des informations relatives à la planification à long terme ; et des données contenues dans l’enquête
Aid Watch de l’UE
sur la transparence de l’aide, dans le cadre de laquelle les organismes de la société civile des 27 Etats de l’UE évaluent la transparence de leurs gouvernements.
Les pierres d’achoppement
L’évaluation des bailleurs pourrait devenir plus facile à mesure que davantage d’informations sont accessibles, mais le coefficient attribué à chaque variable risque de fausser les statistiques, fait remarquer Pranay Kumar Sinha dans son étude préliminaire intitulée Can a Useful Aid Effectiveness Index be Developed Using the Paris Declaration Framework? [Un indice utile de l’efficacité de l’aide peut-il être mis au point à partir du cadre d’action de la Déclaration de Paris ?].
En outre, de nombreux aspects de l’aide n’ayant pas de définition standardisée, notamment « aide efficace » et « transparence », il reste difficile de mettre au point des mesures exactes de la qualité de l’aide.
Choisir le bon indicateur de mesure est également une tâche ardue, selon Mme Christiansen. Par exemple, la « création d’institutions et de processus parallèles » est souvent considérée comme redondante ; pourtant, il arrive parfois - notamment pour les Etats fragiles - que les bailleurs doivent établir de nouvelles institutions là où les institutions existantes ne fonctionnent pas, a-t-elle indiqué.
Quoi qu’il en soit, pour faire en sorte que ces indices aient un impact maximal, les analystes devraient avoir plus que tout voix au chapitre dans le cadre de l’évaluation de la qualité de l’aide sur le terrain, souligne Mme Christiansen.
« En ce qui concerne l’évaluation de la qualité et de la transparence de l’aide, les bailleurs réagissent quand c’est proche de leur expérience, alors c’est en réalisant nos évaluations à l’échelle nationale que nous aurons le plus d’impact : c’est là que nous verrons les bailleurs commencer à changer de comportement en fonction des résultats ».
aj/cb/nh/ail
Theme (s)
:
Economie
,
Démocratie et gouvernance
,
Politique
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Un indice solide doit être mis au point pour mesurer la qualité de l’aide apportée par les bailleurs, estiment les analystes
OXFORD, 7 avril 2010 (IRIN) - Les bailleurs font régulièrement des promesses et des déclarations grandioses, mais pour déterminer s’ils savent se montrer à la hauteur de ces engagements, des indicateurs clairs d’évaluation de la qualité de l’aide doivent être mis au point.
Aujourd’hui, alors que davantage d’informations sur l’aide au développement sont rendues publiques, un certain nombre d’universitaires et d’institutions travaillent à la création de ces indicateurs.
« Nous en sommes au début d’une tentative de détermination des différents aspects de la qualité de l’aide susceptibles d’être mesurés et de ce qu’il est bon de faire en fonction de ce sur quoi on peut obtenir des données », a déclaré à IRIN Karin Christiansen, directrice de Publish What You Fund (PWYF). « Personne n’a fait cela jusqu’ici avec les données de Paris [engagements en faveur de l’efficacité de l’aide, pris par les bailleurs du développement, lors d’une conférence tenue à Paris en 2003], alors c’est très excitant ».
Il existe déjà des indices mesurant différents aspects de l’aide au développement, mais ceux-ci ne sont pas encore strictement axés sur l’analyse de la responsabilité, selon les analystes.
L’engagement du Center for Global Development (CGD) en faveur d’un
indice de développement
créé par le mathématicien David Roodman est un bon début ; cet indice permet de classer 22 pays en évaluant dans quelle mesure ils aident leurs bénéficiaires à produire des richesses, et à assurer la bonne gouvernance et la sécurité.
En 2009, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et la Nouvelle-Zélande arrivaient en tête ; tandis que la Corée du Sud, le Japon, la Suisse et la Grèce étaient classés derniers.
Jusqu’à présent, les principaux bailleurs évaluent leurs performances mutuelles par le biais du système d’évaluation par les pairs du Comité d’aide au développement (le CAD est un organe de
l’Organisation de coopération et de développement économiques
). Mais les analystes doivent aller plus loin, à en croire Karin Christiansen, de PWYF.
Un indice indépendant
Pour mettre au point un indice complet et indépendant, ont expliqué des analystes à l’occasion d’une conférence sur la transparence de l’aide organisée récemment à Oxford, la première étape consiste à faire reposer l’analyse sur les promesses déjà faites par les bailleurs (en l’occurrence, sur la Déclaration de Paris de 2003 et les déclarations prononcées, en 2008, au Ghana, concernant l’efficacité de l’aide). Dans le cadre de ces promesses, les bailleurs de fonds ont convenu : d’assurer que les pays en développement dirigent efficacement les politiques de développement ; d’axer leur soutien sur les stratégies de développement nationales des pays ; d’harmoniser l’aide de façon à réduire les coûts de transaction, et d’assurer une plus grande
transparence
de l’aide.
Stephen Knack, économiste à la Banque mondiale, Homi Kharas, de la Brookings Institution, Pranay Kumar Sinha, de l’université de Birmingham, et Claudia Williamson, de l’université de New York ont pris ces promesses comme point de départ des indices sur lesquels ils travaillent.
Stephen
Kharas
évalue les bailleurs en fonction de quatre indices : maximisation des répercussions de l’aide ; réduction du fardeau de l’aide sur les bénéficiaires ; promotion des institutions [locales] ; et transparence, les indicateurs dont il se sert permettant notamment de déterminer quelle part du budget est consacrée aux frais administratifs, dans quelle mesure l’aide est liée ou déliée, ou si les informations concernant l’aide sont bien communiquées.
Les résultats préliminaires montrent que concernant la réduction du fardeau de l’aide sur les bénéficiaires, les Etats-Unis, classés 30e sur 32, s’en tirent mal ; la Commission européenne (CE) se classe elle aussi assez mal, à la 23e place ; le Royaume-Uni obtient quant à lui de meilleurs résultats, puisqu’il arrive à la septième place ; en revanche, les Etats-Unis se rachètent dans la catégorie transparence, où ils occupent la 12e place devant la Commission européenne, à la 18e place, et derrière le Royaume-Uni, toujours à la septième place.
Les recherches préliminaires de Stephen Knack ajoutent de nouvelles catégories au menu, évaluant notamment dans quelle mesure l’aide est axée sur les besoins, et mettent en lumière les organismes à la fois multilatéraux et bilatéraux.
Quant à Claudia Williamson, elle évalue les bailleurs en fonction des normes définies par les meilleures pratiques dans les domaines de la transparence, des frais généraux, de l’harmonisation et de la coordination, et de la distribution vers des canaux efficaces ; elle en conclut que l’aide reste trop fragmentée, et que les frais généraux varient grandement d’un bailleur à l’autre. Le Canada, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les Etats-Unis arrivent en tête dans la catégorie transparence, évaluée à partir des statistiques 2008 sur la communication des informations relatives à l’aide ; les organismes des Nations Unies et le Fonds mondial se classent quant à eux parmi les
derniers
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Le bilan
PWYF fait actuellement le bilan de tout cela, ainsi que d’autres évaluations de responsabilité déjà réalisées, et en ajoutera d’autres de son cru, pour créer son propre indice complet de la qualité de l’aide, prêt pour un tir d’essai fin 2010, selon Mme Christiansen.
Les variables prévues par PWYF concerneront les éléments suivants : quelles informations relatives à l’aide qu’ils apportent les bailleurs transmettent-ils aux bases de données, notamment à la
base de données du CAD
; les informations sur l’aide apportée sont-elles accessibles ; et les bailleurs sont-ils membres de l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide (
IITA
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sur la transparence de l’aide, dans le cadre de laquelle les organismes de la société civile des 27 Etats de l’UE évaluent la transparence de leurs gouvernements.
Les pierres d’achoppement
L’évaluation des bailleurs pourrait devenir plus facile à mesure que davantage d’informations sont accessibles, mais le coefficient attribué à chaque variable risque de fausser les statistiques, fait remarquer Pranay Kumar Sinha dans son étude préliminaire intitulée Can a Useful Aid Effectiveness Index be Developed Using the Paris Declaration Framework? [Un indice utile de l’efficacité de l’aide peut-il être mis au point à partir du cadre d’action de la Déclaration de Paris ?].
En outre, de nombreux aspects de l’aide n’ayant pas de définition standardisée, notamment « aide efficace » et « transparence », il reste difficile de mettre au point des mesures exactes de la qualité de l’aide.
Choisir le bon indicateur de mesure est également une tâche ardue, selon Mme Christiansen. Par exemple, la « création d’institutions et de processus parallèles » est souvent considérée comme redondante ; pourtant, il arrive parfois - notamment pour les Etats fragiles - que les bailleurs doivent établir de nouvelles institutions là où les institutions existantes ne fonctionnent pas, a-t-elle indiqué.
Quoi qu’il en soit, pour faire en sorte que ces indices aient un impact maximal, les analystes devraient avoir plus que tout voix au chapitre dans le cadre de l’évaluation de la qualité de l’aide sur le terrain, souligne Mme Christiansen.
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