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SWAZILAND: Le mystère de l’impopularité du préservatif enfin élucidé ?
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Mercedes Sayagues/IRIN
Manzini, 23 mai 2008 (IRIN) - Pourquoi le préservatif est-il si peu populaire ? Alors que cette question déconcerte et décourage les experts de la santé depuis une décennie, le mystère entourant les raisons pour lesquelles les Swazis refusent d’utiliser des préservatifs est en train d’être lentement élucidé grâce à un projet visant à inciter les hommes de ce pays d’Afrique australe à parler de leur rapport au préservatif.
Maintes choses ont été dites et écrites sur les mythes et idées fausses incitant les personnes à ne pas utiliser de préservatifs. Cependant, peu de mesures ont été prises afin d’intégrer ces réalités dans les campagnes de prévention et de sensibilisation au VIH/SIDA.
Aujourd’hui, une initiative menée par Hannie Dlamini, activiste engagé dans la lutte contre l’épidémie qui encourage la population swazi à adopter des comportements sains, et le Conseil national de réponse d’urgence au VIH/SIDA (NERCHA en anglais), un organe gouvernemental qui alloue des subventions aux organisations de lutte contre le VIH/SIDA, entend bien tourner la page en examinant en profondeur les comportements des hommes à l’égard de la santé sexuelle.
En 2007, les résultats de la première enquête démographique et de santé menée au Swaziland ont révélé que 26 pour cent de la population sexuellement active était infectée au VIH.
Bien que 99 pour cent des personnes ayant été interrogées dans le cadre de l’enquête aient indiqué connaître la maladie, près de la moitié d’entre elles a reconnu avoir des partenaires sexuels multiples et des rapports sexuels non protégés.
« Au Swaziland, les hommes n’utilisent pas de préservatifs. Les préservatifs sont distribués partout, mais personne ne les utilisent », a déclaré M. Dlamini à IRIN/PlusNews.
Méthode traditionnelle
Au cours des trois dernières années, le projet mené par le NERCHA a couvert deux des quatre régions du Swaziland : la région commerciale fortement peuplée de Manzini, située au centre du pays, et la région de Hhohho, dans le nord, où se trouve la capitale Mbabane.
En outre, le NERCHA prévoit d’étendre son projet aux régions de Shiselweni et de Lubombo, respectivement situées dans le sud et dans l’est du pays.
Afin de recueillir des données, le programme adopte une méthode de communication traditionnelle, et délaisse la démarche usuelle qui consiste à recourir à des questionnaires.
Ainsi, en vue de faire parler les hommes, M. Dlamini et le dramaturge Modison Magagula se sont tournés vers des traditions swazis qui continuent à être largement respectées par les hommes des zones rurales, et qui sont comprises par l’ensemble de la population masculine.
« Nous avons recréé le sihonco. Il s’agit de l’enclos qui ressemble à un petit kraal [enclos à bestiaux], où les hommes se retrouvent pour rôtir la viande, fumer des herbes traditionnelles et discuter de diverses choses. Les femmes ne sont pas autorisées dans le sihonco, tout comme les hommes n’ont pas le droit d’entrer dans les cases réservées aux femmes. Nous avons appelé notre programme de sensibilisation 'kudliwe inhloko', ce qui définit en langue siswati le moment où les hommes se regroupent et parlent entre eux », a expliqué M. Dlamini.
La troupe de théâtre de M. Magagula met en scène une saynète qui aborde une question précise, telle que les relations sexuelles entre des hommes et des filles mineures. La pièce de théâtre sert de prétexte à la discussion qui suit.
Quelque 8 000 hommes ont jusqu’à présent participé à l’initiative, mais les organisateurs espèrent faire de cette initiative un projet continu qui s’adressera à toute la population masculine swazi, afin d’informer cette dernière des dangers du VIH/SIDA et de lutter contre la pression des pairs et des mythes qui continuent d’entourer la maladie.
M. Dlamini a rappelé que la désinformation véhiculée par le bouche-à-oreille servait souvent à combler un manque de connaissances factuelles, car les communautés, notamment celles des régions rurales, ne rencontraient presque jamais d’éducateurs sanitaires.
Qu’est-ce que les hommes pensent vraiment?
« Ce que le projet a permis d’obtenir jusqu’à présent ne sont pas des statistiques, mais des explications. Nous connaissons désormais les raisons pour lesquelles les hommes se comportent de telle manière et nous sommes au courant de leurs croyances », a expliqué Wiseman Dlamini, responsable de projet au sein du NERCHA, dans la région de Manzini.
Selon Hannie Dlamini, les témoignages des hommes interrogés rendent compte d’un étonnant schéma de similitudes. « Les hommes avancent de nombreuses raisons pour ne pas utiliser de préservatifs, mais ce sont des excuses. Le problème est le suivant : les préservatifs n’ont jamais été correctement présentés aux hommes. »
Par conséquence, les hommes swazis sont prêts à croire aux mythes s’opposant à l’utilisation du préservatif, afin de rejeter ce qu’ils considèrent comme une intrusion étrangère et artificielle dans leur vie sexuelle.
« Selon un des mythes que nous entendons souvent, les préservatifs auraient été conçus afin de détruire la masculinité des Africains. [Les hommes swazis] indiquent qu’ils ont entendu dire que le gel des préservatifs réduisait la taille et la durée des érections », a signalé M. Dlamini.
Les réactions allergiques aux préservatifs comptent également parmi les excuses les plus couramment avancées.
« Certains hommes souffrent effectivement d’irritation et d’autres problèmes. Mais d’autres individus voient cela et décident que les préservatifs sont dangereux. Si un homme développe une irritation, c’est alors toute la communauté qui refusera d’utiliser des préservatifs », a déploré M. Dlamini.
« Nous indiquons aux hommes qui ne sont pas à l’aise avec les préservatifs en latex de demander à leurs femmes d’utiliser des préservatifs féminins qui sont en plastique. Cependant, au Swaziland, même les femmes ont peur d’utiliser des préservatifs. Et les hommes ont honte de demander à leurs femmes de se protéger. Ainsi, si les femmes ne se protègent pas, les hommes refusent d’aborder le sujet », a-t-il poursuivi.
Des hommes mariés qui s’ennuient au lit
Les aventures extraconjugales étaient également au coeur des discussions dans l’enclos des hommes. De nombreux hommes ont indiqué qu’avoir des rapports sexuels constamment avec la même femme freinait leur libido.
« Ils n’ont plus d’érections, car chaque jour, ils couchent avec la même femme. Ainsi, les hommes se tournent vers d’autres filles, à la recherche de désir », a expliqué M. Dlamini.
Pour les couples du monde entier, raviver la flamme est un défi de taille. Bien que le projet de M. Dlamini ne porte pas sur les conseils matrimoniaux, les mesures de prévention contre le VIH/SIDA devront tenir compte de ces informations.
« Dans le passé, les hommes swazis pratiquaient la polygamie afin de lutter contre l’ennui sexuel. Pour des raisons financières, cela n’est plus possible, ainsi, il faut cultiver le désir entre un homme marié et son épouse afin que le mari ne s’égare », a dit Patricia Dube, conseillère en VIH/SIDA.
« Il est vrai que les gens nous écoutent, mais deux jours passent et ils pensent autrement. Ils oublient, ils sont influencés par leurs amis. Les hommes vous écoutent lorsque vous vous adressez à eux, mais demain, ils continueront à faire ce qu’ils ont l’habitude de faire », a reconnu M. Dlamini, avec franchise et réalisme.
Selon lui, seules des campagnes d’éducation usuelles s’adressant aux communautés peuvent porter leurs fruits.
Le NERCHA, le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale ainsi que les organisations non gouvernementales de lutte contre le VIH/SIDA analyseront les résultats du projet afin de trouver des éventuels moyens d’inciter la population a modifié ses comportements.
En revanche, d’après M. Dlamini, si les opinions et inquiétudes du peuple avaient été prises en compte dès le début de la crise du VIH/SIDA, des solutions plus efficaces auraient été trouvées, et l’objectif visant à convaincre les gens de changer de comportements aurait pu même être atteint.
jh/kn/he/cd/ail
Theme (s)
:
Egalité entre les sexes
,
VIH/SIDA (PlusNews)
,
Prévention
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Manzini, 23 mai 2008 (IRIN) - Pourquoi le préservatif est-il si peu populaire ? Alors que cette question déconcerte et décourage les experts de la santé depuis une décennie, le mystère entourant les raisons pour lesquelles les Swazis refusent d’utiliser des préservatifs est en train d’être lentement élucidé grâce à un projet visant à inciter les hommes de ce pays d’Afrique australe à parler de leur rapport au préservatif.
Maintes choses ont été dites et écrites sur les mythes et idées fausses incitant les personnes à ne pas utiliser de préservatifs. Cependant, peu de mesures ont été prises afin d’intégrer ces réalités dans les campagnes de prévention et de sensibilisation au VIH/SIDA.
Aujourd’hui, une initiative menée par Hannie Dlamini, activiste engagé dans la lutte contre l’épidémie qui encourage la population swazi à adopter des comportements sains, et le Conseil national de réponse d’urgence au VIH/SIDA (NERCHA en anglais), un organe gouvernemental qui alloue des subventions aux organisations de lutte contre le VIH/SIDA, entend bien tourner la page en examinant en profondeur les comportements des hommes à l’égard de la santé sexuelle.
En 2007, les résultats de la première enquête démographique et de santé menée au Swaziland ont révélé que 26 pour cent de la population sexuellement active était infectée au VIH.
Bien que 99 pour cent des personnes ayant été interrogées dans le cadre de l’enquête aient indiqué connaître la maladie, près de la moitié d’entre elles a reconnu avoir des partenaires sexuels multiples et des rapports sexuels non protégés.
« Au Swaziland, les hommes n’utilisent pas de préservatifs. Les préservatifs sont distribués partout, mais personne ne les utilisent », a déclaré M. Dlamini à IRIN/PlusNews.
Méthode traditionnelle
Au cours des trois dernières années, le projet mené par le NERCHA a couvert deux des quatre régions du Swaziland : la région commerciale fortement peuplée de Manzini, située au centre du pays, et la région de Hhohho, dans le nord, où se trouve la capitale Mbabane.
En outre, le NERCHA prévoit d’étendre son projet aux régions de Shiselweni et de Lubombo, respectivement situées dans le sud et dans l’est du pays.
Afin de recueillir des données, le programme adopte une méthode de communication traditionnelle, et délaisse la démarche usuelle qui consiste à recourir à des questionnaires.
Ainsi, en vue de faire parler les hommes, M. Dlamini et le dramaturge Modison Magagula se sont tournés vers des traditions swazis qui continuent à être largement respectées par les hommes des zones rurales, et qui sont comprises par l’ensemble de la population masculine.
« Nous avons recréé le sihonco. Il s’agit de l’enclos qui ressemble à un petit kraal [enclos à bestiaux], où les hommes se retrouvent pour rôtir la viande, fumer des herbes traditionnelles et discuter de diverses choses. Les femmes ne sont pas autorisées dans le sihonco, tout comme les hommes n’ont pas le droit d’entrer dans les cases réservées aux femmes. Nous avons appelé notre programme de sensibilisation 'kudliwe inhloko', ce qui définit en langue siswati le moment où les hommes se regroupent et parlent entre eux », a expliqué M. Dlamini.
La troupe de théâtre de M. Magagula met en scène une saynète qui aborde une question précise, telle que les relations sexuelles entre des hommes et des filles mineures. La pièce de théâtre sert de prétexte à la discussion qui suit.
Quelque 8 000 hommes ont jusqu’à présent participé à l’initiative, mais les organisateurs espèrent faire de cette initiative un projet continu qui s’adressera à toute la population masculine swazi, afin d’informer cette dernière des dangers du VIH/SIDA et de lutter contre la pression des pairs et des mythes qui continuent d’entourer la maladie.
M. Dlamini a rappelé que la désinformation véhiculée par le bouche-à-oreille servait souvent à combler un manque de connaissances factuelles, car les communautés, notamment celles des régions rurales, ne rencontraient presque jamais d’éducateurs sanitaires.
Qu’est-ce que les hommes pensent vraiment?
« Ce que le projet a permis d’obtenir jusqu’à présent ne sont pas des statistiques, mais des explications. Nous connaissons désormais les raisons pour lesquelles les hommes se comportent de telle manière et nous sommes au courant de leurs croyances », a expliqué Wiseman Dlamini, responsable de projet au sein du NERCHA, dans la région de Manzini.
Selon Hannie Dlamini, les témoignages des hommes interrogés rendent compte d’un étonnant schéma de similitudes. « Les hommes avancent de nombreuses raisons pour ne pas utiliser de préservatifs, mais ce sont des excuses. Le problème est le suivant : les préservatifs n’ont jamais été correctement présentés aux hommes. »
Par conséquence, les hommes swazis sont prêts à croire aux mythes s’opposant à l’utilisation du préservatif, afin de rejeter ce qu’ils considèrent comme une intrusion étrangère et artificielle dans leur vie sexuelle.
« Selon un des mythes que nous entendons souvent, les préservatifs auraient été conçus afin de détruire la masculinité des Africains. [Les hommes swazis] indiquent qu’ils ont entendu dire que le gel des préservatifs réduisait la taille et la durée des érections », a signalé M. Dlamini.
Les réactions allergiques aux préservatifs comptent également parmi les excuses les plus couramment avancées.
« Certains hommes souffrent effectivement d’irritation et d’autres problèmes. Mais d’autres individus voient cela et décident que les préservatifs sont dangereux. Si un homme développe une irritation, c’est alors toute la communauté qui refusera d’utiliser des préservatifs », a déploré M. Dlamini.
« Nous indiquons aux hommes qui ne sont pas à l’aise avec les préservatifs en latex de demander à leurs femmes d’utiliser des préservatifs féminins qui sont en plastique. Cependant, au Swaziland, même les femmes ont peur d’utiliser des préservatifs. Et les hommes ont honte de demander à leurs femmes de se protéger. Ainsi, si les femmes ne se protègent pas, les hommes refusent d’aborder le sujet », a-t-il poursuivi.
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Les aventures extraconjugales étaient également au coeur des discussions dans l’enclos des hommes. De nombreux hommes ont indiqué qu’avoir des rapports sexuels constamment avec la même femme freinait leur libido.
« Ils n’ont plus d’érections, car chaque jour, ils couchent avec la même femme. Ainsi, les hommes se tournent vers d’autres filles, à la recherche de désir », a expliqué M. Dlamini.
Pour les couples du monde entier, raviver la flamme est un défi de taille. Bien que le projet de M. Dlamini ne porte pas sur les conseils matrimoniaux, les mesures de prévention contre le VIH/SIDA devront tenir compte de ces informations.
« Dans le passé, les hommes swazis pratiquaient la polygamie afin de lutter contre l’ennui sexuel. Pour des raisons financières, cela n’est plus possible, ainsi, il faut cultiver le désir entre un homme marié et son épouse afin que le mari ne s’égare », a dit Patricia Dube, conseillère en VIH/SIDA.
« Il est vrai que les gens nous écoutent, mais deux jours passent et ils pensent autrement. Ils oublient, ils sont influencés par leurs amis. Les hommes vous écoutent lorsque vous vous adressez à eux, mais demain, ils continueront à faire ce qu’ils ont l’habitude de faire », a reconnu M. Dlamini, avec franchise et réalisme.
Selon lui, seules des campagnes d’éducation usuelles s’adressant aux communautés peuvent porter leurs fruits.
Le NERCHA, le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale ainsi que les organisations non gouvernementales de lutte contre le VIH/SIDA analyseront les résultats du projet afin de trouver des éventuels moyens d’inciter la population a modifié ses comportements.
En revanche, d’après M. Dlamini, si les opinions et inquiétudes du peuple avaient été prises en compte dès le début de la crise du VIH/SIDA, des solutions plus efficaces auraient été trouvées, et l’objectif visant à convaincre les gens de changer de comportements aurait pu même être atteint.
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