La sélection d’IRIN : bombardement au Baloutchistan, victimes de viol au Soudan du Sud et promesses non tenues à Gaza

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN pour cette semaine : une sélection parmi des articles de recherche, des podcasts, des rapports, des billets de blogues et des articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises.

What's Happening in Pakistan's 'Most Complicated' Region? [Que se passe-t-il dans la région « la plus compliquée » du Pakistan ?]

L’attentat-suicide qui a fait 70 morts au Pakistan le 8 août dernier a attiré l’attention sur les conditions de vie des habitants du Baloutchistan, tourmentés par une insurrection dont l’origine remonte à la partition de l’Empire britannique des Indes en 1947. Nombre des personnes tuées étaient des avocats engagés dans la défense des droits de l’homme dans cette province où des cadavres apparaissent sur les bords des routes ou dans des charniers et où près de 10 000 personnes ont disparu ces dix dernières années. Le journalisme est une activité presque suicidaire au Baloutchistan. Les nouvelles du terrain sont donc rares, ce qui complique la compréhension de la situation. Dans cette interview publiée par The Atlantic, un ancien ambassadeur du Pakistan aux États-Unis fait la lumière sur ce conflit bien complexe.

Two years after the war, Gaza is still rebuilding [Deux ans après la guerre, Gaza n’a pas fini de se reconstruire]

Il y a deux ans, un cessez-le-feu mettait fin à une guerre de 50 jours à Gaza qui avait tué 2 000 Palestiniens — des civils, pour la plupart — ainsi que 66 soldats et six civils israéliens. Près de 11 000 logements avaient été détruits et bien plus encore étaient endommagés. Ce rapport de Gisha, une organisation non gouvernementale (ONG) israélienne militant en faveur de la liberté de circulation des Palestiniens, fait le bilan de la reconstruction. La situation n’est pas rose. Environ 915 000 tonnes de ciment et 126 000 tonnes d’acier ont été introduites dans l’enclave palestinienne, mais c’est loin d’être suffisant pour véritablement réparer les dégâts. Les bailleurs de fonds mettent encore du temps à honorer leurs promesses et la restriction des importations, des exportations et de la circulation limitent les échanges avec Israël et la Cisjordanie, pourtant indispensables à toute reprise économique. Comme le souligne Gisha, une véritable reconstruction donnerait aux habitants de Gaza la possibilité de se bâtir un avenir, mais cela ne semble pas encore être à l’ordre du jour.

À regarder :

Watching South Sudan’s nightmare [Cauchemar au Soudan du Sud]

Ce reportage de Channel 4 News témoigne de l’attaque d’une propriété à Juba, au Soudan du Sud. Une centaine de soldats de la garde présidentielle auraient tué un journaliste local et frappé et violé des travailleurs humanitaires étrangers. Cette vidéo poignante montre une propriété dévastée par les tirs, des bâtiments pillés et des traces de sang sur les escaliers et sur les murs. Un humanitaire raconte avoir observé, impuissant, le journaliste John Gatluak se faire tuer de plusieurs balles dans la tête en raison de son appartenance à une autre ethnie. « J’ai pensé que nous allions subir le même sort », a-t-il dit. Les soldats auraient ensuite pris les femmes à part et collectivement violé plusieurs d’entre elles, dont une au moins 15 fois. Une femme décrit comment un soldat a posé un pistolet près de sa tempe et tiré vers le sol, menaçant implicitement de la tuer si elle n’écartait pas les jambes. L’attaque a eu lieu à environ un kilomètre d’une base des Nations Unies. Pourtant, les soldats de maintien de la paix ont ignoré les appels à l’aide. Cette terrible scène vient s’ajouter à la liste des manquements de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS). Cette dernière a beau accueillir des dizaines de milliers de déplacés, elle est sévèrement critiquée pour ne pas avoir réussi à protéger les civils des viols à grande échelle et des assassinats ethniques commis pendant ces deux années de guerre civile.

À écouter :

Yemen’s civilians suffer yet again [Les civils yéménites souffrent encore]

L’échec des pourparlers de paix au Yémen s’est traduit par une intensification des frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite et des affrontements à terre entre différents groupes. Comme toujours, ce sont les civils qui font les frais de ce conflit qui a fait plus de 6 600 morts depuis mars 2015. La semaine dernière, un hôpital dirigé par Médecins Sans Frontières (MSF) a été touché et l’organisation humanitaire a décidé de retirer son personnel de six hôpitaux du nord du pays. Cette interview – courte, mais utile –, diffusée sur les ondes de la radio publique de New York, donne la parole à Iona Craig, une journaliste chevronnée qui connaît le Yémen mieux que quiconque. Elle explique pourquoi le conflit a repris, quels rôles jouent les principales puissances, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, et ce que tout cela signifie pour ceux qui se retrouvent pris entre deux feux.

Une publication d’IRIN :

Who in the world is Millie Wonder? [Mais qui est Millie Wonder ?]

Le viol de travailleuses humanitaires au Soudan du Sud a fait la une des journaux dans le monde entier. De telles violences ne sont pourtant pas rares : une femme sur trois fait l’objet d’une agression physique ou sexuelle au cours de sa vie. Cet événement nous rappelle que le viol est toujours utilisé comme arme de guerre et que de nombreuses victimes, où qu’elles soient, sont soumises à l’opprobre, à la honte et au silence. À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, IRIN a rendu visite à Millie Wonder, une victime de viol qui donne des cours d’autodéfense à des écolières dans un bidonville de Nairobi. 

À venir :

AidEx Africa

14-15 septembre à Nairobi (Kenya)

La localisation sera à l’honneur pour la troisième année du salon des professionnels de l’humanitaire et du développement AidEx Africa. Lors du Sommet mondial sur l’action humanitaire qui a eu lieu il y a quatre mois, une série d’engagements a été adoptée, dont la réorientation de 25 pour cent des financements de l’aide humanitaire vers des organisations locales et nationales. Des progrès ont-ils été faits en ce sens ? Le débat lui-même est bien sûr loin d’être clos. Le premier évènement au programme d’AidEx pose la question : « L’architecture de l’aide existante est-elle adaptée au contexte actuel ? » De la préparation aux catastrophes aux interventions en espèces, de nombreux thèmes seront abordés au cours de ces deux jours. Mais, comme l’a dit une chronique d’IRIN, il faut veiller à ne pas reproduire les erreurs du passé. Inscrivez-vous ici.

Photo 1 (top): Un centre commercial détruit par les bombes à Gaza, août 2014