Améliorer les capacités de diagnostic d’Ebola

Selon les organisations d’aide humanitaire et les travailleurs de la santé, des lacunes importantes dans les infrastructures « de second plan » augmentent le temps de réponse et entravent les efforts pour endiguer la maladie en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Pour réussir à contrôler l’épidémie, il faut, selon eux, parvenir à confirmer ou infirmer rapidement et correctement les cas suspects d’Ebola. Et c’est sans parler du besoin évident de lits, d’équipements médicaux et de médecins, d’infirmières et de techniciens de laboratoire qualifiés.

« Le pays doit absolument améliorer ses capacités de diagnostic », a dit Alan Kemp, directeur de l’Institut national des maladies transmissibles (National Institute for Communicable Diseases, NICD), en Afrique du Sud, qui gère un laboratoire mobile au Centre de traitement d’Ebola de l’hôpital Lakka, à Freetown. « Et cela ne vaut pas seulement pour la Sierra Leone, mais pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. »

Pendant longtemps, les échantillons en attente d’analyse s’accumulaient. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il existe aujourd’hui 13 laboratoires – cinq en Sierra Leone et au Liberia et trois en Guinée – ayant une capacité totale de 1 170 échantillons par jour.

Il demeure toutefois difficile de diagnostiquer un patient malgré l’augmentation du nombre de laboratoires fonctionnels.

« Le problème n’est pas tant au niveau des services de laboratoire que de la difficulté d’obtenir les échantillons devant être testés », a dit M. Kemp à IRIN.

Collecte d’échantillons

Le prélèvement d’un échantillon chez une personne soupçonnée d’avoir contracté Ebola – il s’agit généralement d’un échantillon de sang pour les vivants et d’un échantillon de salive pour les défunts – est une procédure très risquée devant être appliquée par des infirmières ou des médecins spécialement formés et portant l’équipement de protection individuelle (EPI) complet.

Chaque échantillon doit ensuite être triplement emballé dans des récipients spéciaux étanches. L’ensemble doit être décontaminé avant d’être envoyé au laboratoire.

« La chaîne de systèmes permettant d’obtenir les échantillons et de les acheminer vers les laboratoires n’est pas au point », a dit Margaret Harris, une porte-parole de l’OMS en Sierra Leone. « Il arrive que l’échantillon prélevé ne soit pas emballé correctement ou clairement étiqueté », a-t-elle dit, ajoutant que cela est souvent dû à un manque de dextérité lié au port de l’EPI.

Certains échantillons sont inutilisables. D’autres sont mal étiquetés, ce qui signifie que le laboratoire ne sait pas à qui transmettre les résultats, retardant encore davantage le diagnostic.

Puisque les services d’assistance téléphonique sont surchargés d’appels et que le personnel médical ne dispose pas d’un nombre suffisant d’ambulances, de nombreuses personnes ne peuvent se rendre dans les centres de traitement pour un dépistage, selon Médecins Sans Frontières (MSF). D’autres ont tout simplement peur de se soumettre au test.

« La peur ne fait pas partie des problèmes d’infrastructure, mais il reste qu’il est toujours difficile d’inciter les gens à se rendre dans les centres. Il y a toujours une sorte de mystère autour de ces centres », a dit Natasha Reyes, une coordonnatrice médicale pour MSF au Liberia.

Le prélèvement d’échantillons sur les dépouilles pose des problèmes particuliers. De nombreuses communautés continuent en effet d’entraver le travail des équipes chargées de la collecte des corps en refusant, pour des raisons culturelles, de les laisser prélever des échantillons.

« Au moment de prélever des échantillons buccaux sur les cadavres, les équipes d’enterrement doivent parfois choisir entre engager une confrontation avec la famille ou enterrer rapidement le mort – la priorité étant d’enrayer la transmission – et quitter la ville », a dit Mme Harris.

Transport des échantillons

De nombreux centres de traitement disposent maintenant de laboratoires sur site, ce qui signifie que les échantillons doivent simplement être déplacés dans l’unité ou amenés dans un bâtiment voisin pour y être analysés.

Des problèmes surviennent cependant lorsqu’il n’y a pas de laboratoire à proximité. Selon l’OMS, seulement 62 pour cent des districts touchés par l’épidémie d’Ebola dans les trois pays ont accès à des services de laboratoire.

« Les défis logistiques sont semblables dans toutes les régions ayant de faibles infrastructures. Nous devons nous rendre dans des villages isolés en parcourant un terrain difficile [...]. Il se peut que le village se trouve à dix miles [16 km] seulement, mais qu’il faille plusieurs heures pour s’y rendre », a dit Mme Harris.

Dans les grandes villes, les embouteillages et les accidents peuvent retarder de plusieurs heures l’analyse de l’échantillon lorsque celui-ci doit être envoyé à l’autre bout de la ville. Il est parfois même difficile de trouver un véhicule pour transporter les échantillons.

« Ce qui est idéal, c’est d’avoir le centre de traitement à proximité du centre de diagnostic », a dit Noël Tordo, virologue à l’Institut Pasteur, en Guinée. « On ne peut pas vraiment accélérer l’acheminement des échantillons en raison des conditions de la route et d’autres problèmes liés au transport. On peut donner les résultats par téléphone, mais si le centre de diagnostic est loin, il est difficile de réduire le temps dont on a besoin pour se rendre de l’un à l’autre. »

Transmission des résultats

Il faut attendre 4 à 6 heures pour obtenir des résultats préliminaires après l’arrivée des échantillons au laboratoire.

De nouvelles technologies sont actuellement testées, notamment un test par piqûre au doigt qui permettrait de diagnostiquer Ebola en seulement 30 minutes et sans laboratoire. Ces technologies ne sont cependant pas disponibles à grande échelle pour le moment et leur précision ou leur sensibilité n’ont pas encore été rigoureusement testées.

Pour le moment, les cas confirmés sont enregistrés dans un système, ce qui déclenche la mise en œuvre d’une série de mesures – recherche de sujets contacts, application des procédures de quarantaine et distribution de vivres – et, finalement, l’envoi du résultat à la clinique.

Il faut parfois attendre encore plus longtemps avant que les résultats soient transmis aux familles et aux équipes d’enterrement.

En Sierra Leone, il arrive souvent que les volontaires des équipes d’enterrement doivent collecter les corps de personnes dont l’infection par Ebola n’a pas encore été confirmée. Il s’agit d’ailleurs de l’une des principales difficultés que rencontrent ces équipes, a dit à IRIN Patrick Massaqoui, un porte-parole de la Société de la Croix-Rouge de la Sierra Leone.

Les responsables de la santé recommandent de faire preuve de prudence et d’agir comme si tous les cas soupçonnés étaient confirmés, mais l’utilisation des méthodes de collecte des corps de victimes d’Ebola pour des personnes décédées du paludisme ou d’autres maladies fait perdre aux équipes d’enterrement des ressources et un temps précieux dans des régions où elles peinent déjà à répondre à des besoins croissants.

Il faut parfois aussi attendre avant que les dépouilles des personnes dont l’infection par Ebola a été confirmée soient collectées.

Selon l’OMS, 140 équipes d’enterrement formées d’environ huit personnes chacune œuvrent maintenant sur le terrain dans les trois pays. Mais il en faudrait 528 et il y a souvent des délais entre le moment où un décès est rapporté et celui où l’équipe arrive pour collecter le corps et prélever un échantillon pour analyse.

« Ce n’est pas que nos équipes tardent à collecter les dépouilles, mais à l’aube, nous devons attendre les appels de notre interlocuteur au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, car ce sont eux qui prennent les décisions », a dit M. Massaqoui.

Dans les deux cas, les intervenants ont dit qu’ils pourraient réagir plus rapidement et plus efficacement si le processus de diagnostic d’Ebola était accéléré.

Le groupe de travail technique sur les laboratoires de l’OMS en Sierra Leone a annoncé qu’il venait tout juste d’approuver un plan visant à accélérer la transmission des résultats de laboratoire en harmonisant les bases de données et en intégrant les équipes de laboratoire dans le Centre de commandement de la région Ouest. Ils prévoient également de former 50 techniciens de laboratoire et 20 chauffeurs sur les protocoles à suivre pour le prélèvement, l’emballage et le transport sécuritaire des échantillons.

Cependant, même si les cas suspects sont confirmés plus rapidement et avec une plus grande fiabilité, les travailleurs de la santé disent qu’au-delà des problèmes d’infrastructure, enrayer la maladie dépendra beaucoup des gens eux-mêmes.

« Grâce aux campagnes publiques d’information, les gens savent généralement ce qu’est Ebola », a dit Mme Harris. « Cela ne s’est cependant pas traduit par un changement d’attitude. Le poids des traditions culturelles continue d’être plus fort que les déclarations faites par les autorités », a-t-elle ajouté.

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