Ebola : Les médecins expérimentés restent rares

La difficulté à trouver des médecins ayant une expérience de terrain entrave l’intervention médicale internationale pour enrayer l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. La peur de contracter le virus et les restrictions de vol ont également ralenti la réponse.

Lors d’une visite dans les trois pays les plus touchés qui a débuté en Guinée ce week-end, l’ambassadrice américaine aux Nations Unies, Samantha Power, a critiqué les pays qui ont promis d’envoyer des médecins et de l’aide mais n’ont pas encore joint le geste à la parole.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 240 travailleurs médicaux sont morts d’Ebola en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Les vols commerciaux vers les pays touchés ont diminué, ralentissant d’autant plus les déplacements et la livraison de l’aide.

« De nombreuses personnes postulent, mais il est clair pour nous que nous n’engagerons que [des professionnels] expérimentés, pas forcément dans Ebola, mais qui ont une expérience de terrain [dans des situations] de crise ou d’urgence. Ce n’est pas une tâche facile », a dit Anja Wolz, coordinatrice de l’opération d’urgence de Médecins Sans Frontières (MSF) contre l’épidémie Ebola.

« Le problème, c’est que des gens postulent, mais pas des gens expérimentés. Nous ne pouvons pas ouvrir plus de centres, car nous avons besoin de personnes expérimentées. Nous n’avons pas le personnel [nécessaire] », a expliqué Mme Wolz.

MSF dirige deux centres de traitement de l’Ebola au Liberia : une unité de 250 lits à Monrovia, la capitale, et une autre de 120 lits dans le district de Foya, au nord du pays, soit un total de 1 050 travailleurs locaux et internationaux au Liberia, suffisamment pour les opérations actuelles, selon l’organisation.

Pénurie

Selon l’OMS, l’intervention d’équipes médicales étrangères a jusqu’à présent été confirmée pour 30 des 50 unités de traitement de l’Ebola nécessaires dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest touchés et seulement un quart des 4 388 lits dont les centres de traitement ont besoin sont disponibles.

Cuba, les États-Unis et le Royaume-Uni font partie des pays qui ont promis des troupes et du personnel médical à l’Afrique de l’Ouest. Les organisations d’aide humanitaire reçoivent également des propositions d’aide de la part d’individus. Récemment, des dirigeants du monde entier ont lancé des appels sincères à la mobilisation de davantage de ressources pour enrayer l’épidémie d’Ebola qui au 25 octobre, selon l’OMS, avait fait plus de 4 900 morts en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Mais pourquoi la réponse médicale internationale à ce qui est maintenant l’épidémie d’Ebola la plus grave jamais enregistrée dans le monde est-elle si lente à se mettre en place ? « Les obstacles étaient simplement qu’il n’y avait pas assez de professionnels qualifiés avec une expérience de la lutte contre Ebola. Et il n’y avait pas non plus assez d’ONG [organisations non gouvernementales] internationales ou non avec ces compétences » , a dit Sambhavi Cheemalapati, coordinatrice du programme d’intervention d’urgence contre Ebola d’International Medical Corps (IMC) au Liberia.

« Avec les différentes initiatives de formation mises en oeuvre et les ONGI [Organisations non gouvernementales internationales] et les ONG qui nous rejoignent, la réponse s’est améliorée », a dit Mme Cheemalapati.

Les États-Unis sont en train de construire une unité médicale de 25 lits près de l’aéroport international de Monrovia pour accueillir du personnel médical et d’autres travailleurs humanitaires qui s’efforcent d’enrayer l’épidémie d’Ebola. Le centre devrait ouvrir ses portes début novembre et comptera environ 70 travailleurs.

« C’est un élément crucial. Nous croyons que cela apportera du réconfort aux travailleurs de la santé du monde entier et libériens pour qu’ils puissent s’engager dans cette lutte contre Ebola et se sentent sûrs de disposer d’un centre de soins de haute qualité s’ils sont contaminés par Ebola », a dit à IRIN Scott Giberson, du corps de l’armée américaine déployé à la demande du Service de la santé publique américaine.

Plus tôt ce mois-ci, le premier ministre australien, Tony Abbott, a dit que son pays n’allait pas mettre des médecins ou des infirmiers « en danger » en les envoyant en Afrique de l’Ouest tant que « tous les risques [ne sont pas] correctement maîtrisés. Pour le moment, nous ne pouvons pas être sûrs que c’est le cas. »

Manque de personnel de lutte contre les infections

Actuellement au Liberia, il existe six unités de traitement de l’Ebola opérationnelles. Neuf sont en construction et huit autres sont prévues dans tout le pays, où le virus a été plus dévastateur que chez les deux voisins.

Outre le personnel médical, du personnel de soutien, notamment des hygiénistes, est essentiel pour la sécurité des patients et des équipes soignantes. « Nous avons besoin de plus de personnel de lutte contre les infections. Il ne s’agit pas seulement de personnel médical, car quand nous parlons de la sécurité des enterrements, de l’hygiène dans le centre et de la gestion des déchets, il s’agit de lutter contre les infections », a dit Mme Wolz. « Tout le monde parle du personnel de santé. Personne ne parle des hygiénistes, des conducteurs d’ambulance qui sont tous infectés et qui meurent. »

MSF dirige une formation de deux jours pour les médecins qui viennent aider dans la lutte contre Ebola. Mais malgré la formation, travailler dans un hôpital de campagne avec un équipement de protection complet à essayer de contenir un virus hautement contagieux est laborieux et le taux de mortalité est éprouvant sur le plan émotionnel.

« Vous avez deux paires de gants et lorsque vous portez une capuche, il est très difficile d’utiliser un stéthoscope. Il est difficile de bien examiner [les patients] avec tous ces gants. Vous ne pouvez pas vraiment parler aux patients. Parfois vous ne pouvez pas rester plus de 40 minutes dans [la combinaison] à cause de la chaleur. Cela rend [les choses] très difficiles », a expliqué Mme Wolz.

« Beaucoup de gens oublient à quel point c’est émotionnellement difficile. Vous connaissez vos patients. Vous connaissez leur histoire et vous les voyez mourir. Vous voyez le père mourir, vous voyez la mère mourir, la soeur mourir. C’est bouleversant. Nous sauvons des vies, mais vous ne pouvez pas le faire. Certaines personnes ne peuvent pas faire face. Vous vous sentez si désespéré et frustré. »

À mesure que des centres de traitement de l’Ebola sont construits, plus de personnel qualifié devient nécessaire. L’OMS forme des travailleurs de la santé dans un faux centre de traitement de l’Ebola au Liberia. IMC a dit avoir soumis une proposition pour le financement d’un programme de formation pour les organisations qui mettent sur pied des unités de traitement.

« Les organisations auront la possibilité d’envoyer des membres de leur personnel pour suivre une série de séances didactiques, simulées et pratiques qui leur permettront de monter et mettre en oeuvre des ETU [unités de traitement de l’Ebola] », a dit Mme Cheemalapati, d’IMC.

« Des individus formés, avec l’équipement adapté et supervisés peuvent travailler sans danger auprès des patients atteints d’Ebola. Cela dit, il y a [toujours] des risques et pour les atténuer, nous faisons tout ce que nous pouvons pour garantir que les meilleurs protocoles et les meilleures pratiques sont fidèlement suivis », a-t-elle ajouté.

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