Faire une radiographie du désert pour trouver de l’eau

Des géologues utilisent la technologie connue sous le nom d’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour passer le sol aux « rayons X » et trouver de nouvelles sources d’eau dans l’est tchadien, où plus de 300 000 réfugiés originaires de pays voisins se sont installés ces dernières années.



« Compte tenu de la pénurie d’eau, nous ne pouvons pas nous contenter des techniques classiques de recherche d’eau », a dit Jean Bertrand, président d’IRIS Instruments, une société basée en France qui fabrique des équipements et a formé les experts qui utilisent cette technique au Tchad afin de trouver de l’eau.



Pour trouver des nappes phréatiques, on étudie généralement l’effet de l’imagerie radar et des courants électriques sur les roches, mais ces techniques peuvent conduire à des indications erronées sur la présence d’eau, a indiqué M. Bertrand.



« L’[imagerie par résonance magnétique] est une méthode de recherche directe, tandis que les autres méthodes géophysiques nous permettent de recueillir des signes indirects de la présence ou de l’absence d’eau. Ici, un signe de présence d’eau indique qu’il y a de l’eau, ce qui veut dire que nous ferons moins de forages inutiles », a dit Pierre Michel Vincent, un hydrologue qui a récemment travaillé en collaboration avec le ministère de l’Environnement et de l’Eau et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Tchad.



« Au Tchad, seul un puits de forage sur trois produit de l’eau », a-t-il indiqué à IRIN. L’imagerie par résonance magnétique envoie des courants électriques dans le sol afin de rechercher des atomes d’hydrogène, ce qui permet de déterminer la quantité d’eau présente dans la roche. « Cette technique permet de localiser l’eau plus rapidement que les méthodes géophysiques traditionnelles ».



Besoins



Les réfugiés qui ont fui le Soudan et la République centrafricaine forment 35 pour cent de la population de l’est tchadien, estimée à 700 000 lors du dernier recensement. L’hydrologue M. Vincent a indiqué qu’il n’y avait pas suffisamment d’informations sur la moitié des 4 000 points d’eau recensés dans la région pour savoir s’ils produisent toujours de l’eau.



Les habitants des communautés locales ainsi que les réfugiés ont de la difficulté à trouver la moitié des 15 à 20 litres d’eau recommandés par jour pour boire, faire la cuisine et se laver. D’après le HCR, nombre d’entre eux n’ont pu trouver que six litres d’eau par jour en moyenne.














Photo: IRIS Instruments
À la recherche d’eau

« Il n’y a pas suffisamment d’eau pour satisfaire les besoins de la population élargie – même si nous forons 500 puits de plus, nous manquerons toujours d’eau », a indiqué M. Vincent à IRIN en octobre 2009.



Au Tchad, les précipitations irrégulières et insuffisantes de 2009 ont réduit les récoltes de 34 pour cent, ce qui a anéanti le bétail et mis deux millions de personnes en danger de famine dans le pays, a noté le gouvernement.



Située dans l’est tchadien, la ville d’Iriba accueille 55 000 réfugiés. Elle a reçu 135 millimètres de précipitations en 2009, soit trois fois moins qu’en 1950, selon les archives nationales.



Contraintes

 

M. Bertrand, dont l’entreprise fournit les équipements, a indiqué à IRIN que le kit complet de résonance magnétique pèse environ 350 kilogrammes, que son utilisation nécessite une formation et qu’il coûte environ 180 000 dollars. Ces cinq dernières années, des groupes présents dans des pays comme la Mauritanie, l’Algérie, le Maroc, le Rwanda, le Niger, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Namibie ont acheté des équipements d’imagerie par résonance magnétique.



L’utilisation de ces équipements présente des inconvénients : ceux-ci permettent une localisation jusqu’à 150 mètres de profondeur seulement et les indications peuvent être faussées par la présence de signaux électromagnétiques et de lignes électriques, ce qui complique la lecture des relevés effectués dans les villes, a indiqué M. Bertrand.



Après une période de formation à Goz Beïda en octobre dernier, IRIS Instrument et des travailleurs humanitaires ont identifié un site prometteur pour trouver de l’eau à l’extérieur de la ville, à 200 kilomètres au sud de la ville d’Abéché, dans l’est du pays. Oxfam Intermonde, une ONG internationale fournissant de l’aide humanitaire, étudie des perspectives de forage.



M. Bertrand a indiqué que la technique de résonance magnétique complétait les techniques de recherche de nappes phréatiques actuelles et pouvait ne pas convenir à toutes les situations. « Si vous pouvez soigner un malade avec de l’aspirine, alors il n’y a pas besoin de faire une radio. Cependant, compte tenu de l’aggravation de la pénurie d’eau, il est nécessaire d’envisager l’utilisation de différentes techniques. Le défi et l’objectif de l’exploration des nappes phréatiques sont d’utiliser le moins d’argent possible pour trouver le plus d’eau possible ».



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