Décalage entre les efforts de prévention et les schémas d’infection

Dans cinq pays africains minimum, les ressources, limitées, sont affectées à des campagnes nationales de prévention du VIH qui n’atteignent pas les personnes les plus exposées au risque d'infection, d’après une nouvelle étude.



De 2007 à 2008, l’ONUSIDA et la Banque mondiale ont noué un partenariat avec les autorités nationales de lutte contre le SIDA du Kenya, du Lesotho, du Swaziland, de l'Ouganda et du Mozambique afin d’identifier, dans chaque pays, le mode de contamination et les zones où l’incidence du VIH est la plus élevée, et déterminer le niveau d’adéquation des efforts de prévention existants et des dépenses associées par rapport aux résultats obtenus.



Les rapports, publiés récemment, révèlent que rares sont les programmes de prévention fondés sur des données probantes concernant les facteurs de propagation de l’épidémie de VIH/SIDA dans les cinq pays étudiés.



Au Lesotho, où près d'une personne sur quatre est atteinte du VIH, une analyse de la prévalence nationale et de données comportementales a révélé que la plupart des nouvelles infections avaient pour cause l’existence de partenaires multiples simultanés, que ce soit avant ou pendant le mariage. Pourtant, le Lesotho ne dispose d’aucune stratégie de prévention pour lutter contre le problème des partenaires multiples, ou cibler les couples mariés ou les couples de longue date.



Une évaluation de la stratégie de prévention du Mozambique a révélé que quelque 19 pour cent des nouveaux cas d’infection par le VIH avaient pour cause le commerce du sexe, 3 pour cent la consommation de drogues injectables, et 5 pour cent les relations sexuelles entre deux hommes. Pourtant, peu nombreux sont les programmes qui ciblent les travailleurs du sexe, et aucun ne cible les toxicomanes et les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes.



L’étude a également démontré que le budget alloué à la prévention du VIH est souvent simplement insuffisant : le Lesotho a alloué 13 pour cent seulement de son budget national de lutte contre le SIDA à la prévention, contre 34 pour cent en Ouganda, alors que le pays enregistre un taux d'infection par le VIH de 5,4 pour cent seulement.



Debrework Zewdie, directeur du programme mondial VIH/SIDA de la Banque mondiale, a souligné que dans le contexte de récession économique mondiale actuel, il est plus important que jamais de maximiser l’impact des investissements dans la prévention contre le VIH. « Ces synthèses exploitent les volumes croissants de données et d’informations disponibles afin de mieux comprendre l'épidémie et la réponse de chaque pays, et déterminer comment renforcer l’efficacité de la prévention ».



Les auteurs des rapports formulent des recommandations afin d’aider les pays à s’orienter vers l’adoption de stratégies de prévention davantage fondées sur des données probantes, afin de permettre une utilisation plus efficace des ressources limitées.



Le Lesotho s’est vu conseiller de revoir le contenu des messages de prévention afin d'aborder le problème des partenaires multiples simultanés et d'intégrer le thème de la réduction du nombre de partenaires à l’ensemble des politiques futures. L’une des recommandations formulées pour le Mozambique consistait à axer les programmes de promotion du préservatif sur les groupes à haut risque, tels que les travailleurs du sexe.



Ce projet, mené à l'échelle de cinq pays, avait également pour finalité de renforcer les capacités afin de permettre à ces nations d’entreprendre des études similaires dans le futur, dans le cadre de leurs efforts continus pour évaluer la situation du VIH et mettre sur pied des plans d’intervention.



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