Attraper du poisson et bien plus encore

Des chercheurs ougandais mènent une nouvelle étude afin de trouver des interventions de lutte contre le VIH efficaces pour aider les communautés de pêcheurs fortement vulnérables au virus.



« Les précédentes études isolées menées au sein des communautés de pêcheurs implantées sur les rivages du lac n’ont fourni que des données limitées. Nous espérons que cette nouvelle étude nous donnera des données nationales que nous inclurons dans une initiative régionale visant à lutter contre le VIH dans l’ensemble du bassin du lac Victoria ,» a expliqué Elizabeth Birabwa, chargée de communication au sein de l’Organisation des pêches du lac Victoria (LVFO an anglais).



Selon les statistiques du gouvernement, le taux de prévalence au sein des communautés de pêcheurs s’élève à 28 pour cent, soit un taux quatre fois supérieur à la moyenne nationale de 6,4 pour cent. Toutefois, les spécialistes craignent que ce pourcentage ne soit plus élevé.



D’après la LVFO, les communautés de pêcheurs pourraient afficher des taux de l’ordre de 40 pour cent.



Les résultats des trois années d’étude seront intégrés dans le plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA de cinq ans de la Commission ougandaise de lutte contre le sida et du Ministère de la Santé, qui vise à réduire les taux d’infection de 40 pour cent, au sein des groupes vulnérables d’ici 2012.



Les recherches sont appuyées par une subvention de 3,5 millions d’euros versés par le Partenariat Europe – Pays en développement pour les essais cliniques (EDCTP). Elles s’intéresseront à un millier de participants et porteront sur le dépistage, la sensibilisation et le recueil d’information en vue d’élaborer des interventions efficaces.



Les communautés de pêcheurs ont été grandement négligées par l’intervention nationale anti-VIH. Compte tenu du nombre accru de pêcheurs succombant à des maladies liées au sida, le secteur de la pêche est menacé.



En 2007-2008, ce dernier représentait 12 pour cent des exportations.



Des communautés à haut risque



Des éducateurs VIH et des professionnels de la santé tentant d’offrir des services médicaux ont éprouvé des difficultés à se rendre dans bon nombre d’îles où vivent les pêcheurs, qui représentent une population à risque compte tenu de divers facteurs.



En effet, sur ces îles, il y a plus d’hommes que de femmes, favorisant ainsi le phénomène de « partage » de femmes. La consommation d’alcool est répandue, d’importantes sommes d’argent liquide circulent et sont souvent dépensées contre des rapports sexuels. Les services VIH, comme les conseils et le dépistage volontaire, les traitements antirétroviraux, etc., font défaut.



« Vous ne pouvez pas imaginer le niveau d’ignorance au sein de ces communautés. Certaines personnes ignorent la manière dont le virus se transmet. Certaines d’entre elles n’ont ni question ni réponse, » a déclaré à IRIN/PlusNews le docteur Pontiano Kaleebu, le principal chercheur à la tête de l’enquête.



Les pêcheurs ont souvent des rapports sexuels avec des femmes locales lorsqu’ils rapportent leur prise, favorisant ainsi la propagation du virus au sein du reste de la population.



A ce jour, 200 personnes ont participé à la nouvelle étude, qui sera menée dans trois sites, sur des îles ainsi que sur les rivages du lac Victoria, dans les districts de Masaka et d’Entebbe, dans le centre du pays. « Les individus sont enthousiasmés par l’étude et participent activement, car ils ont le sentiment d’être négligés, » a conclu le docteur Pontiano Kaleebu.



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