Le pouvoir des plantes

Grâce à une invention locale, les communautés lacustres des Philippines commenceront bientôt à utiliser les jacinthes d'eau comme source de carburant alternative et comme engrais biologique.



« Le monde a cruellement besoin, pour fabriquer des biocarburants, de matières premières susceptibles d'être cultivées facilement même dans des régions auxquelles nous ne pensons pas », a déclaré à IRIN Gonzalo Catan Jr, l'inventeur à l'origine de cette découverte.



L'abondance de ces nénuphars indésirables sur les rives de la Laguna de Bay (une des plus grandes étendues d'eau douce d'Asie du Sud-Est) a donné à M. Catan l'occasion de dévoiler son invention. Sa technologie primée consiste à recycler les déchets biologiques pour en faire du « charbon vert », un carburant solide compact qui ne nuit pas à l'environnement et constitue une bonne alternative au gaz de pétrole liquéfié pour la cuisine et peut-être aussi pour le secteur industriel.



Cette technologie fonctionne en utilisant une « filière », pour déchiqueter les nénuphars. On ajoute ensuite des microbes producteurs d'enzymes et enfin, le mélange de nénuphars traités est séché au soleil. De l'engrais biologique à base de vermicompost peut également être produit à partir des dépôts boueux du lac, mais à la place des microbes, on ajoute alors des vers de terre.



« Arrosez le mélange deux fois par semaine et laissez les vers de terre les grignoter [les jacinthes d'eau] », conseille M. Catan.?Selon M. Catan, il est important de produire de l'engrais biologique. « C'est l'erreur que font beaucoup de pays, et notamment les Etats-Unis. Aujourd'hui, la production de biocarburant sert à alimenter les voitures, et non à nourrir le bétail. L'agriculture est aussi importante », a-t-il estimé.



Travailler avec les communautés



Mapecon Green Charcoal Philippines Inc, la société de M. Catan, a été soutenue par le ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles (DENR) et les autorités locales des municipalités de la Laguna de Bay. La municipalité de Cardona, dans la province de Rizal, compte notamment parmi les partenaires communautaires de Mapecon. Cardona se compose de huit villages insulaires, situés au cœur même de la Laguna de Bay.



Selon Wilijandro Raymundo, chef de village à Balibago, les nénuphars abondent surtout en cette période de l'année, lorsque souffle l'Amihan (vent frais du nord-est).



« Ils sont très épais. Ils poussent jusqu'à hauteur de la taille, et ils sont très lourds. Ils occupent peut-être 100 hectares de rive, à Balibago. Il est presque impossible de passer à travers », a expliqué M. Raymundo. Ces nénuphars continuent d'occuper les rives de Cardona jusqu'en avril ou en mai, lorsque le vent change de direction, a ajouté M. Raymundo.



« Nos habitants en profiteront bien lorsque nous commencerons à produire du charbon vert », a déclaré à IRIN Janet Ramos, responsable de la planification au sein des autorités municipales de Cardona. Mme Ramos a expliqué que M. Catan leur avait présenté une « cuisinière improvisée » alimentée au charbon vert, et non au gaz de pétrole liquéfié utilisé habituellement.



Le vermicompost profitera également aux agriculteurs et aux petits exploitants, a-t-elle ajouté. « Nous allons chercher un marché pour ces produits. Cela fait partie du partenariat. Nous allons aider à commercialiser les produits fabriqués à partir de ces plantes, qui en dehors de cette utilisation, sont indésirables », a déclaré à la presse Lito Atienza, secrétaire du DENR, à l'occasion de la signature de l'accord de partenariat avec Mapecon. 















Photo: IRIN
Jacinthes d'eau

Des plantes indésirables




Le projet de Mapecon sera également utile en ce qu'il permettra tout simplement aux habitants des zones lacustres de voir disparaître ces plantes indésirables. Parce qu'ils poussent haut et épais, ces nénuphars rendent en effet la navigation difficile.



« On ne peut pas aller pêcher. Les nénuphars bloquent le passage. Il est difficile pour nos administrés d'aller à l'école ou de se rendre à leurs bureaux sur le continent », a expliqué M. Raymundo. « On ne peut pas les pousser hors du chemin à l'aide de bâtons de bambou. Ils ont de grosses racines », a ajouté Mme Ramos.



Dès lors, se déplacer prend deux fois plus de temps en cette période de l'année. Les moteurs des bateaux sont mis à rude épreuve et il faut davantage de carburant pour se rendre dans les villes environnantes.



Selon un rapport de l'autorité de développement du lac Laguna, l'organisme public chargé de protéger le lac et les ressources environnementales qui l'entourent, l'accumulation de nénuphars sur les rives entrave la circulation des eaux, détruit les parcs piscicoles et les poissons en raison de la destruction et de la décomposition des plantes aquatiques, et entraîne une perte d'eau plus importante, en augmentant la transpiration végétale.



cf/ds/mw