En safari contre le sida

De petits charters permettent aux touristes des quatre coins de la planète de se rendre dans les campements hôtels des réserves du Delta de l’Okavango, au Botswana, où ils viennent observer la faune le jour et payent jusque 1 000 dollars par nuit pour se loger dans des pavillons de luxe ou séjourner ‘à la dure’ dans des tentes cinq étoiles.

Si ces campements hôtels appartiennent pour la plupart à des expatriés (ou sont gérés par des expatriés), les clients sont servis, nourris et guidés à travers la brousse par des autochtones originaires de Maun, plus grande ville du district et porte d’entrée vers l’Okavango. Après le gouvernement, les opérateurs de safaris sont les plus gros employeurs de la région.

La plupart des campements hôtels n’étant accessibles que par voie aérienne, les employés passent trois mois consécutifs dans la brousse, où ils travaillent et vivent ensemble. Un grand nombre d’entre eux sont jeunes et célibataires, et les personnes mariées sont rarement embauchées avec leur conjoint, qui reste généralement à Maun.

Dans d’autres régions du monde, l’ennui qui s’installe après le travail ne serait pas considéré comme un risque professionnel, mais ici, nous sommes au Botswana, et un adulte sur quatre a le VIH/SIDA.

« Mettons qu’il y ait 12 employés dans un campement et que vous soyez là pour trois mois. Vous finissez le travail, et vous vous ennuyez, tout est calme », a noté Bonti Botunile, gérant remplaçant qui a travaillé dans un certain nombre de campements hôtels. « Les hommes sont des animaux sociaux ; ils vont s’unir et se séparer, puis passer à autre chose, et certains ne dévoileront pas leur statut [sérologique] de crainte d’être rejetés ».

Or, ce sont les entreprises qui paient la note lorsque leurs employés doivent s’absenter pour des raisons liées au VIH/SIDA ; elles doivent faire évacuer les employés malades et faire venir des remplaçants par avion. Il y a quelques années, les opérateurs de safaris ont donc commencé à prendre conscience du fait que le VIH/SIDA nuisait à leurs affaires.

« Beaucoup de gens mouraient, beaucoup devaient être évacués par avion vers les hôpitaux ; il fallait constamment en former de nouveaux », a expliqué M. Botunile. « Alors, ils [les opérateurs] se sont rendu compte que s’ils ne faisaient rien, leurs affaires allaient en pâtir ».

Un certain nombre d’entreprises ont rencontré les autorités sanitaires locales en vue de former un comité, qui se réunit aujourd’hui tous les deux mois pour coordonner les programmes de lutte contre le VIH/SIDA mis en place à l’attention des employés des campements.

« Les entreprises font de leur mieux »

Ces entreprises prennent en charge les coûts engendrés par la visite régulière des médecins, des infirmières et des conseillers psychosociaux de l’équipe sanitaire du district de Maun, qui se rendent aux campements par avion pour pourvoir aux besoins sanitaires des membres du personnel et offrir des conseils et des dépistages volontaires du VIH.

De nombreuses entreprises emploient également des assistants sociaux à plein temps, ainsi qu’une infirmière, disponible à tout moment, pour émettre des avis médicaux.

Avant d’occuper le poste d’assistante sociale chez A&K Safaris, Mary Hastag a travaillé pour 10 opérateurs de safaris différents entre 2004 et 2006 ; son rôle était de sensibiliser le personnel au VIH/SIDA.

« A l’époque, il ne se passait pas grand-chose, mais aujourd’hui, la plupart des sociétés ont adopté des politiques de travail, et engagé des assistants sociaux et des conseillers. C’est une amélioration considérable », a-t-elle déclaré à IRIN/PlusNews.


Photo: Botswana Tourism
Les campements pour les safaris ne sont pas immunisés contre le VIH/SIDA

Lecco Masoko est assistant social et conseiller spécialiste du sida au sein d’une entreprise qui dirige trois campements hôtels dans l’Okavango ; il apprend aux employés comment rester en bonne santé et les encourage à se soumettre au dépistage. « Au mois d’octobre dernier, presque tous nos employés connaissaient leur statut », s’est-il félicité.

Bien qu’il sache qu’environ 36 pour cent des employés sont séropositifs, M. Masoko ne connaît pas le statut de chacun, à moins que les employés eux-mêmes ne décident de le lui révéler. Il a néanmoins affirmé que bon nombre d’employés parlaient ouvertement de leur séropositivité.

« Les gens ont tendance à parler plus ouvertement de leur statut sérologique dans les réserves qu’en ville », a commenté Allison Brown, une infirmière engagée par 25 opérateurs de safaris pour donner des avis médicaux et réaliser des évaluations.

La bonne volonté confrontée à des obstacles

Dans le cadre d’un accord spécialement conclu avec l’hôpital de Maun, les employés des réserves qui suivent un traitement antirétroviral (ARV) et dont l’état a été déclaré stable par un médecin peuvent se voir délivrer assez de médicaments ARV pour trois mois lorsqu’ils prennent congé et rentrent chez eux.

Selon Mme Brown, pourtant, le centre de traitement du VIH/SIDA de l’hôpital n’a pas toujours assez de médicaments en réserve pour pouvoir les approvisionner pour trois mois d’un coup.

Pour Mme Hastag, les bonnes intentions des opérateurs de safaris se heurtent souvent aux limites du service de santé publique local.

« Il y a une pénurie de personnel médical et de médicaments ; même si les entreprises font de leur mieux, parfois l’équipe sanitaire du district ne se rend pas aux campements tous les mois, en raison de cette pénurie de personnel », a-t-elle dit.

Il en a été ainsi au mois de février, ce qui a obligé A&K à envoyer à Maun, par avion, les employés qui avaient besoin de recevoir des soins médicaux.

En outre, selon Mme Brown, les gérants expatriés qui viennent d’arriver manquent parfois de soutien et d’information pour pouvoir faire face à la question du VIH/SIDA.

« La direction subit d’énormes pressions », a-t-elle expliqué. « Ils doivent gérer des pavillons pleins de monde, s’occuper à la fois de clients qui paient beaucoup d’argent, et d’employés qui tombent parfois malades ».

Faire évoluer les comportements, un défi

S’assurer que les employés séropositifs reçoivent les soins médicaux nécessaires et se nourrissent sainement, c’est une chose ; mais veiller à ce que les employés séronégatifs le restent, c’est déjà plus difficile.

Des préservatifs masculins et féminins sont à disposition dans tous les campements, et certaines entreprises ont construit des terrains de sport et installé la télévision par satellite pour lutter contre le facteur ennui, mais convaincre les employés de changer de comportement n’est pas une tâche facile.

Les employés reçoivent des informations sur les différentes façons de réduire leurs risques de contracter le VIH, mais « la plupart sont célibataires, et les gens ont l’habitude d’avoir un partenaire au campement et un partenaire à Maun », a indiqué Mme Hastag.

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