Expulsion de milliers de travailleurs clandestins afghans

Les membres de la famille de Nezamuddin Mohammadi, qui travaillait clandestinement comme contremaître à Téhéran, la capitale iranienne, ne savent toujours pas que leur unique soutien de famille a été expulsé vers l’Afghanistan.

« J’ai été arrêté alors que j’étais au travail, puis emprisonné deux nuits durant dans une cellule sombre », a raconté Mohammadi à IRIN, dimanche dernier, à Islam Qala, un district afghan frontalier de l’Iran, où les expulsés ont été conduits.

« Je n’ai pas de nouvelles de ma famille, ma femme et mes enfants ne savent pas non plus où je suis », a expliqué ce père de deux enfants, qui travaillait sans permis de travail.

Le gouvernement iranien a récemment intensifié ses opérations d’expulsion des travailleurs immigrés afghans et de plusieurs autres Afghans résidant en Iran sans autorisations officielles.

« Après des séances de consultation avec le gouvernement afghan et les Nations Unies, nous avons décidé d’expulser d’Iran tous les travailleurs clandestins et autres émigrés de nationalité afghane”, a déclaré Mohsin Hashimi, un responsable officiant à l’ambassade iranienne de Kaboul, la capitale afghane.

Selon l’agence de presse Reuters, le porte-parole du ministère afghan des Affaires étrangères, le sultan Ahmad Baheen, aurait précisé qu’environ 30 000 réfugiés afghans, incluant des femmes et des enfants, avaient été renvoyés chez eux au cours de la semaine dernière.

Les autorités afghanes ont demandé à leurs homologues iraniens d’adopter une approche graduelle, dans le cadre de l’expulsion vers l’Iran de ces travailleurs afghans clandestins.

« Il nous est impossible d’absorber tous ces milliers de jeunes expulsés sur une période aussi courte », a dit Shojauddin Shoja, conseiller auprès du ministère afghan chargé des Réfugiés.

L’on ignore les conditions de vie et de travail exactes de la plupart des Afghans établis en Iran, du fait de l’absence de documents relatifs à leur cadre de vie.

L’Iran a affirmé qu’environ un million d’Afghans étaient entrés clandestinement sur son territoire, et que ces derniers seraient tous renvoyés chez eux. Pourtant, environ 900 000 Afghans disposent de cartes d’identités de réfugiés, ce qui rend tout à fait légal leur séjour dans ce pays d’accueil.

Les Afghans non inscrits sur les listes officielles, et vivant en Iran et au Pakistan, des pays voisins de l’Afghanistan, ne jouissent pas du statut de réfugiés et ne peuvent donc bénéficier de l’assistance juridique et humanitaire de l’UNHCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), a expliqué l’organisme onusien.

« Nous intervenons uniquement pour statuer sur le cas des 900 000 Afghans disposant de cartes d’identité de réfugiés, sur le territoire iranien. Ceux qui vivent ou travaillent clandestinement dans ce pays ne peuvent bénéficier de la protection et de l’assistance de l’UNHCR », a souligné Abdul Basir Mohmand, un responsable de l’UNHCR établi dans la province occidentale afghane d’Herat.

L’agence des Nations Unies chargée des réfugiés a prié les gouvernements de l’Iran et de l’Afghanistan de tenter de trouver un mécanisme viable de résolution du problème des Afghans vivant et travaillant clandestinement en Iran.

Accusations d'abus des droits de l'homme 

Un grand nombre d’expulsés accusent la police iranienne de mauvais traitements à leur égard.

« Pendant mes deux jours de détention, on ne ma rien donné à manger », a expliqué un jeune expulsé afghan qui a accusé la police iranienne de l’avoir enlevé.

Un autre expulsé a montré sa chemise maculée de sang, en se plaignant : « Ils [la police iranienne] se sont mis à me donner des coups de poing et de pieds au visage, et je me suis mis à saigner.”

Pourtant, un diplomate iranien présent à Kaboul a rejeté toutes ces accusations portées contre les forces de sécurité de son pays.

« Les médias afghans ont décrit de manière exagérée les faits opposant la police iranienne aux clandestins », a affirmé Hashimi, de l’ambassade iranienne à Kaboul.

Confrontés à divers problèmes socioéconomiques, les travailleurs afghans se tournent depuis des décennies vers les pays voisins, particulièrement l’Iran et le Pakistan, à la recherche d’opportunités d’emplois.

Les travailleurs afghans, qui constituent une main d’oeuvre peu coûteuse et rompue à la tâche, trouvent souvent du travail, sans pour autant bénéficier de contrat d’embauche formel, selon les analystes et le personnel chargé des missions d’’assistance.

Pourtant, l’inégalité des revenus pourrait bien entretenir le phénomène de la migration de travailleurs Afghans, selon les analystes et les travailleurs humanitaires.

Un ouvrier afghan non qualifié gagne entre un et trois dollars par jour en Afghanistan, mais peut gagner entre sept à neuf dollars par jour en Iran, selon une étude effectuée en 2005 par la Cellule afghane de recherche et d’évaluation (AREU), un groupe national de réflexion.

« Je vais me procurer un passeport ainsi qu’un visa iraniens et je retournerai en Iran », a affirmé un expulsé afghan.

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