Un pays pauvre et endetté, malgré ses richesses naturelles

Considéré dans les années 1980 comme un pays au revenu intermédiaire, le Congo ne fait plus partie de cette catégorie. Le pays lutte aujourd’hui pour se sortir d’une pauvreté qui affecte 70 pour cent de ses trois millions d’habitants, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

La majorité des Congolais vivent avec moins de deux dollars américains par jour. C’est le cas, par exemple de Gabriel Malonga, 61 ans, ancien employé de la Caisse de retraite des fonctionnaires et père de 11 enfants.

« Ma pension suffit tout juste à nourrir mes enfants. Elle ne me permet pas d’investir », a-t-il expliqué. « Si j’étais locataire, on m’aurait jeté à la rue ».

L’Etat lui-même est pauvre : il ne dispose pas de société de transport en commun, la fourniture d’électricité est irrégulière et insuffisante et il n’existe pas de services médicaux adéquats. Selon le PNUD, le taux de mortalité infantile est de 100 pour 1 000 naissances depuis les années 1990. Après l’indépendance en 1960, et jusqu’à la fin des années 1980, ce taux ne dépassait pas la moitié du chiffre actuel.

Des services inadaptés

Le système de santé débordé. Selon l’organisation caritative internationale Médecins sans frontières (MSF) - Hollande, à Kindamba, une localité de la région australe du Pool, dévastée par la guerre, trois travailleurs médicaux s’occupent à eux seuls d’une population de 25 000 habitants. A Kindamba, le taux de prévalence du VIH/SIDA est de 4,2 pour cent. Selon le ministère de la Santé, le sida serait la principale cause de mortalité chez les habitants de la localité après le paludisme.

La production d’énergie électrique est largement insuffisante. Le pays ne possède que deux barrages : l’un à Djoué, à la périphérie sud de Brazzaville ; l’autre à Moukoukoulou, dans le département de Bouenza, au sud-ouest de la capitale. La production journalière de Djoué se limite à 15 mégawatts pour répondre à la demande des habitants de Brazzaville. Or, les besoins sont de 75 mégawatts par jour, selon la Société nationale d'électricité. Celle-ci doit donc importer son électricité de la République démocratique du Congo (RDC), un pays voisin.

Selon le Rapport mondial sur le développement humain publié par le PNUD en 2004, 51 pour cent de la population urbaine et 45 pour cent de la population rurale ont accès au réseau de distribution d’eau. L’eau du réseau est acheminée au moyen de pompes électriques. Dès lors, lorsqu’il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas d’eau non plus.

En 2002, 32 pour cent de la population souffraient de la faim, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En février dernier, Jacques Diouf, directeur général de la FAO, avait déclaré à IRIN qu’en dépit des améliorations constatées, le Congo, situé au cœur d’une forêt tropical, importait encore l’équivalent de 100 milliards de francs (18 millions de dollars américains) de nourriture par an.

Un pays endetté

La dette extérieure du Congo s’élève à 8,57 milliards de dollars américains, un fardeau qui paraît insoutenable. Ce pays est pourtant le quatrième producteur de pétrole brut en Afrique subsaharienne. De surcroît, le Congo ne fait pas partie des 14 pays africains candidats à l’annulation de la dette par le G8.

« Les pays bénéficiaires [de l’annulation] sont ceux qui ont mis en place des programmes de développement qui leur ont permis d’atteindre des taux de croissance économique élevés, pendant une période suffisamment longue pour disposer de moyens de lutte contre la pauvreté », a expliqué James Pavel Ngalebaye, un économiste de Brazzaville, spécialiste de la croissance et du développement.

Les revenus d’exportation du Congo proviennent essentiellement du pétrole et du bois, deux matières premières censées alimenter l’économie du pays. Le gouvernement envisage un taux de croissance de 9 pour cent pour 2005, soutenu par la bonne tenue des cours du pétrole sur le marché international, le prix du baril de pétrole étant compris entre 55 et 60 dollars. Sur ces bases, le pays devrait donc être en mesure de financer un développement infrastructurel, de sortir sa population de la pauvreté, et d’emprunter la voie du développement économique post-conflit.

« Si le Congo parvient à réaliser cette croissance, elle serait l’une des plus élevées au monde », avait déclaré en mai Dan Ghura, directeur de la division africaine de la mission du FMI au Congo.

Néanmoins, selon Ngalebaye, cette croissance est encore aujourd’hui relève du mirage. « C’est une croissance sans emploi, sans développement, sans liberté. Les performances macro-économiques se réalisent au détriment des besoins fondamentaux et urgents de la majorité de la population ».

A peine 3,7 pour cent du budget de l’Etat pour l’année 2005 ont été consacrés à la lutte contre la pauvreté. Le gouvernement prévoit en outre d’affecter 50 milliards de francs (11 millions de dollars) au versement des arriérés de salaires des fonctionnaires, des bourses d’études, des pensions, et des primes de licenciement pour les ex-travailleurs d’entreprises nationales liquidées.

Selon Ghura, au vu du renchérissement du prix de l’or noir, le gouvernement devrait à présent revoir à la hausse son budget, calculé initialement sur la base de 23 dollars le baril. Pour Ghura comme pour Ngalebaye, cette hausse inattendue, qui profite au gouvernement, devrait servir à mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté.

Entre 2000 et 2004, le produit intérieur brut a augmenté en moyenne de 3,6% par an et la pauvreté, de plus de 2% par an. Selon Ngalebaye, « à ce rythme, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté sera, à la fin du mandat présidentiel en 2009, non plus de 70 pour cent comme aujourd’hui, mais de plus de 75 pour cent ».
Selon lui, le taux actuel de pauvreté est clairement illustré par l’espérance de vie des Congolais : ceux-ci vivent en moyenne jusqu’à 47 ans et un tiers d’entre eux risque de ne jamais atteindre l’âge de 40 ans.

Les négocations avec le FMI

Le gouvernement a mis en place un programme de réduction de la pauvreté triennal (2004-2007) en collaboration avec le Fond monétaire international (FMI). Ce programme comprend une série de mesures auxquelles le Congo doit se conformer pour pouvoir bénéficier des avantages de l’initiative PPTE (Pays pauvre très endetté), et figurer sur la liste des candidats à l’annulation de la dette.

Conformément au programme, le gouvernement devra renforcer les mécanismes de transparence dans le secteur pétrolier, lutter contre la pauvreté, redresser les finances publiques et autoriser des institutions indépendantes, telles que la Banque africaine de développement (BAD), à effectuer des audits.

Le Congo a déjà obtenu une subvention de 24 millions d’euros (28,7 millions de dollars) de la part du gouvernement français. Cette subvention était destinée à rembourser la dette contractée auprès de la BAD. La Norvège, producteur de pétrole, lui a également accordé 5,7 milliards de francs (10 millions de dollars). Une partie de cette somme doit être consacrée au financement de programmes de réduction de la pauvreté.

Selon Ngalebaye, l’annulation de la dette extérieure du Congo ne suffira pas à éradiquer la pauvreté. Il faut également mettre en place des stratégies de développement.

« Notre pays est étranglé par une dette dont le poids provient, pour une large part, des choix politiques qui ignorent les besoins essentiels de la population, et pour une moindre part, des mesures qui lui sont imposées de l’extérieur», a-t-il expliqué.

« A vrai dire, il manque à notre pays une véritable stratégie de développement et de désendettement », a-t-il poursuivi.
Bien que le Congo figure parmi les principaux producteurs de pétrole d’Afrique, le pays croule sous le poids de sa dette, une dette qui maintiendra sans doute Gabriel Malongo, et beaucoup d’autres Congolais comme lui, dans la pauvreté.