Un centre de soins et de soutien pour le personnel de santé

Au Botswana, un centre met en place des stratégies novatrices afin de prendre en compte les besoins psychologiques et médicaux du personnel de santé qui s’occupe des malades atteints du VIH/SIDA.

L’Institut Tshedisa, basé à Gaborone, la capitale, a été conçu par des médecins du secteur privé et public, qui ont reconnu le besoin de fournir un soutien à un personnel sanitaire épuisé et débordé de travail en raison de l’épidémie de VIH/SIDA qui ravage le pays.

Le docteur Ava Avalos travaille depuis 2003 au service des maladies infectieuses (IDCC en anglais) de l’hôpital Princess Marina. L’IDCC est devenu l’un des plus grands services VIH/SIDA du monde et fournit, dans le cadre du programme national, des traitements antirétroviraux (ARV) à plus de 14 000 patients.

«A mesure que l’IDCC a pris de l’ampleur, nous avons remarqué que les médecins et les infirmières étaient débordés», s’est rappelé le docteur Ava Avalos.

«Nous avons essayé de mettre en place quelques projets pour les patients, comme par exemple des classes de danse et des groupes de soutien, mais nous nous sommes rendus compte que le personnel sanitaire avait, lui aussi, besoin de quelque chose», a-t-elle précisé.

Le docteur Ava Avalos a indiqué qu’un grand nombre de travailleurs sanitaires ne se faisaient pas dépister au VIH/SIDA ou ne suivaient pas de traitement ARV par crainte de devoir faire la queue avec leurs patients ou d’être stigmatisés par leurs collègues. En outre, le personnel de santé attendait généralement trop longtemps avant de chercher de l’aide.

Il était donc nécessaire d’ouvrir un centre où les médecins et les infirmières pouvaient faire un test de dépistage et recevoir un traitement de façon rapide et confidentielle, a souligné le docteur Avalos.

Un médecin a proposé d’utiliser gratuitement un bâtiment situé à proximité de l’IDCC et le Rotary International a proposé son aide en finançant une partie des rénovations et en créant un jardin thérapeutique.

Des médecins, des conseillers et des thérapeutes ont également offert volontairement leurs services et leur temps en attendant que le centre trouve d’autres financements.

Le centre a ouvert ses portes le mois dernier et compte une cinquantaine des patients, mais une fois que le message sera passé, «je pense que nous serons débordés», a expliqué Phildah Cele, qui travaillait comme conseiller auprès du personnel sanitaire et des patients séropositifs pendant plusieurs années avant de proposer volontairement ses services à Tshedisa.

Depuis le lancement du programme national de traitement ARV en 2003, les agents de santé n’ont pas enregistré beaucoup de décès parmi les patients. Mais «ils sont constamment confrontés à énormément de souffrance que la majorité d’entre eux ne parvient à gérer. En réalité, ce n’est pas normal, ce n’est pas une situation à laquelle ils doivent faire face seuls, sans soutien», a expliqué le docteur Ava Avalos.

Comme dans les autres pays de la région, les travailleurs sanitaires du Botswana, eux aussi victimes du VIH/SIDA, font défaut.

«Notre travail est stressant certes, mais nous avons besoin davantage d’argent et de personnel», a déclaré une infirmière de l’IDCC.

Selon le docteur Ava Avalos, les travailleurs sanitaires parviennent à gérer le stress lié au travail jusqu’à ce que ce quelque chose de grave arrive dans leur vie personnelle (un membre de leur famille tombe malade, une femme est victime de sévices).

Cependant à Tshedisa, le personnel de la santé peut parler à un psychologue, adhérer à un groupe de soutien, participer à différents cours thérapeutiques, dont des cours de danse, d’art, de poésie et de théâtre.

La stigmatisation des personnes séropositives est étonnament élevée parmi les travailleurs sanitaires, a déploré Diana Dickinson, le médecin qui a fait don du bâtiment et qui travaille désormais bénévolement au centre.

Parmi ses patients, les médecins et les infirmières étaient ceux qui suivaient leur traitement le moins scrupuleusement, a-t-elle ajouté.

Phildah Cele a également observé que le personnel sanitaire rencontrait beaucoup de difficultés à accepter sa séropositivité. «Il est facile de parler du VIH jusqu’à ce qu’il frappe à la porte, puis il devient un problème. Ils [les travailleurs sanitaires] ne révèlent pas [leur statut sérologique] à leurs collègues.»