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Analyse: Le problème de l’aide humanitaire dans un Yémen où plane l’incertitude
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Casey Coombs/IRIN
Personnes déplacées à Abyan. Des ONG locales fournissent de l’aide aux populations affectées (photo d’archive)
SANA'A, 13 juin 2012 (IRIN) - Dans l’étouffante ville portuaire d’Aden, située à environ 300 km au sud de la capitale yéménite Sanaa, une vingtaine d’organisations non gouvernementales (ONG) internationales tentent de répondre aux besoins humanitaires croissants engendrés par la guerre qui ravage le gouvernorat voisin d’Abyan : depuis maintenant un mois, les troupes gouvernementales essayent d’anéantir Ansar Al Shariah, l’allié local d’Al-Qaïda.
Seuls quelques travailleurs humanitaires ont pu obtenir un accès au gouvernorat et les acteurs présents à Aden sont confrontés aux désagréments croissants des contraintes de sécurité mises en place en raison de la présence de groupes criminels organisés.
« Nous avons réussi à distribuer de l’aide grâce aux partenariats mise en place avec les ONG locales, à notre collaboration avec les tribus et à l’important travail de mitigation réalisé pour assurer notre sécurité », a dit à IRIN Tareq Talahma, responsable des affaires humanitaires du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Aden.
« Nous avons pris des mesures afin d’atténuer les risques : par exemple, nous avons imposé un couvre-feu strict au personnel et nous évitons de nous rendre à nos bureaux certains jours en raison de l’accroissement du crime organisé », a-t-il dit.
Teddy Leposky, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), se trouvait à Aden durant le soulèvement populaire de 2011 qui a abouti à la négociation d’un accord de transfert du pouvoir entre le dirigeant historique Ali Abdullah Saleh et son vice-président Abd Rabu Mansour Hadi. Comme beaucoup d’autres, M. Leposky a été relocalisé à Sanaa à la fin du mois de mai pour des raisons de sécurité.
Au cours de ces trois derniers mois, trois ressortissants étrangers ont été kidnappés : l’un d’entre eux a été tué et les deux autres blessés par des coups de feu tirés par des groupes criminels locaux, selon des travailleurs humanitaires.
« Les Nations Unies n’ont pas été prises pour cibles ou considérées comme une cible l’année dernière », a dit M. Leposky à IRIN, « mais nous craignons que cela ne soit le cas désormais ».
Graeme Membrey, le conseiller principal des Nations Unies pour les questions de sécurité, a dit à IRIN que l’attentat suicide du 21 mai, qui a fait près de 100 victimes au sein de l’armée à Sanaa, a marqué « un tournant » qui a amorcé les réformes de sécurité au sein de son organisation.
Effondrement du gouvernement
« La situation du Yémen est unique, car elle est imprévisible », a expliqué M. Leposky. « Les attentats suicide qui ont ciblé la population sans distinction et les enlèvements qui se sont multipliés dans tout le pays ont renforcé la perception de l’existence d’une criminalité et de l’affaiblissement de la primauté du droit. Voilà ce que l’on peut retenir de l’année 2011 : le gouvernement s’est effondré et sa reconstruction va être difficile ».
«
La situation sécuritaire au Yémen occulte l’urgence humanitaire : cela doit changer
»
L’effondrement du gouvernement central du Yémen remonte à mars 2011, lorsque les forces de sécurité de M. Saleh ont été accusées d’avoir tiré sur les manifestants présents sur la place du Changement de Sanaa, provoquant une rupture au sein de l’armée : les soldats qui ont fait défection ont rejoint le Général Ali Mohsen Al-Ahmar et se sont installés dans les camps des manifestants anti-gouvernementaux dans les centres urbains. La périphérie sous-développée du Yémen a été abandonnée par les forces gouvernementales, ce qui a permis aux milices armées, aux militants d’Al-Qaïda et aux groupes séparatistes d’intervenir sur des territoires plus importants.
Quatre factions anti-gouvernementales ont émergé à la faveur du chaos politique : les rebelles musulmans chiites (les Houthis) qui ont combattu les forces de M. Saleh dans le Nord entre 2004 et 2009 ; le Mouvement du Sud (Al-Hirak) d’Aden, un groupe séparatiste qui demande la sécession depuis 2007 ; un
nouveau groupe d’insurgés
lié à Al-Qaïda (Ansar Al Shariah), dont l’objectif est d’établir un califat islamique dans le gouvernorat d’Abyan ; et les derniers partisans du régime déchu du président Saleh, dont plusieurs ont défié les décrets pris par le président Hadi leur ordonnant de quitter leurs postes.
Eric Marclay du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dit que l’attaque du 21 mai l’avait conduit « à réviser un nombre de règles de sécurité applicables aux interventions et au personnel international afin de minimiser leur exposition aux risques ».
Les groupes d’aide humanitaire locaux s’adaptent aussi à la situation. Nadwa Al-Dawasari, directrice de Partners-Yemen à Sanaa, a dit à IRIN qu’elle a été obligée de suspendre les interventions réalisées dans le gouvernorat d’Al-Jawf après un attentat à la voiture suicide contre une école où s’étaient réunis des dirigeants houthis le 25 mai.
« Il y a beaucoup d’acteurs sur le terrain en ce moment, et après l’attaque de l’école, nous ne pouvions pas prendre le risque de poursuivre notre action », a dit Mme. Al-Dawasari.
Augmentation des besoins et des contraintes
Lors du sommet humanitaire organisé à Sanaa le 1er juin, une délégation composée de bailleurs de fonds et d’organismes internationaux, y compris l’Organisation pour la coopération islamique (OCI), le Conseil de coopération du Golfe, l’Union européenne, la Ligue des États arabes, OCHA et l’Agence américaine pour le développement international (USAID), s’est réunie pour organiser le soutien au Yémen où la situation humanitaire est désespérée.
« Un des objectifs du sommet était de recentrer l’attention sur les crises humanitaires qui affectent le Yémen », a dit à IRIN Fuad Al Maznaee, directeur des affaires humanitaires à l’OCI. « La situation sécuritaire au Yémen occulte l’urgence humanitaire : cela doit changer ».
Mais selon M. Leposky des Nations Unies, « il faut essayer de trouver un juste équilibre entre ces éléments contradictoires : d’un côté, nous avons un accroissement des besoins [humanitaires]. En même temps, nous devons prendre en compte les restrictions à la circulation et les autres contraintes sécuritaires ».
Ce dilemme « aide humanitaire-sécurité » se pose particulièrement à Aden, selon M. Marclay. Dans l’appel du 6 juin, il a dit, « Notre personnel se trouvait [à Abyan] il y a quelques jours afin d’évaluer la situation ; il a relevé des besoins sérieux et urgents qui, s’ils ne sont pas pris en compte, pourraient entraîner le déplacement de plus de 100 000 personnes», qui viendraient s’ajouter aux milliers de personnes qui ont déjà rejoint des lieux plus sûrs.
Mais le gouvernement a fermé toutes les routes qui conduisent à Abyan, alors que la campagne militaire s’intensifie. « Si nous obtenions immédiatement l’autorisation d’apporter des fournitures d’urgences à Abyan, nous pourrions prévenir les mouvements de population vers Aden », a dit M. Marclay.
cc/eo/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Démocratie et gouvernance
,
Paix et sécurité
,
Politique
,
Réfugiés et déplacés
,
Sécurité
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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SANA'A, 13 juin 2012 (IRIN) - Dans l’étouffante ville portuaire d’Aden, située à environ 300 km au sud de la capitale yéménite Sanaa, une vingtaine d’organisations non gouvernementales (ONG) internationales tentent de répondre aux besoins humanitaires croissants engendrés par la guerre qui ravage le gouvernorat voisin d’Abyan : depuis maintenant un mois, les troupes gouvernementales essayent d’anéantir Ansar Al Shariah, l’allié local d’Al-Qaïda.
Seuls quelques travailleurs humanitaires ont pu obtenir un accès au gouvernorat et les acteurs présents à Aden sont confrontés aux désagréments croissants des contraintes de sécurité mises en place en raison de la présence de groupes criminels organisés.
« Nous avons réussi à distribuer de l’aide grâce aux partenariats mise en place avec les ONG locales, à notre collaboration avec les tribus et à l’important travail de mitigation réalisé pour assurer notre sécurité », a dit à IRIN Tareq Talahma, responsable des affaires humanitaires du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Aden.
« Nous avons pris des mesures afin d’atténuer les risques : par exemple, nous avons imposé un couvre-feu strict au personnel et nous évitons de nous rendre à nos bureaux certains jours en raison de l’accroissement du crime organisé », a-t-il dit.
Teddy Leposky, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), se trouvait à Aden durant le soulèvement populaire de 2011 qui a abouti à la négociation d’un accord de transfert du pouvoir entre le dirigeant historique Ali Abdullah Saleh et son vice-président Abd Rabu Mansour Hadi. Comme beaucoup d’autres, M. Leposky a été relocalisé à Sanaa à la fin du mois de mai pour des raisons de sécurité.
Au cours de ces trois derniers mois, trois ressortissants étrangers ont été kidnappés : l’un d’entre eux a été tué et les deux autres blessés par des coups de feu tirés par des groupes criminels locaux, selon des travailleurs humanitaires.
« Les Nations Unies n’ont pas été prises pour cibles ou considérées comme une cible l’année dernière », a dit M. Leposky à IRIN, « mais nous craignons que cela ne soit le cas désormais ».
Graeme Membrey, le conseiller principal des Nations Unies pour les questions de sécurité, a dit à IRIN que l’attentat suicide du 21 mai, qui a fait près de 100 victimes au sein de l’armée à Sanaa, a marqué « un tournant » qui a amorcé les réformes de sécurité au sein de son organisation.
Effondrement du gouvernement
« La situation du Yémen est unique, car elle est imprévisible », a expliqué M. Leposky. « Les attentats suicide qui ont ciblé la population sans distinction et les enlèvements qui se sont multipliés dans tout le pays ont renforcé la perception de l’existence d’une criminalité et de l’affaiblissement de la primauté du droit. Voilà ce que l’on peut retenir de l’année 2011 : le gouvernement s’est effondré et sa reconstruction va être difficile ».
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La situation sécuritaire au Yémen occulte l’urgence humanitaire : cela doit changer
»
L’effondrement du gouvernement central du Yémen remonte à mars 2011, lorsque les forces de sécurité de M. Saleh ont été accusées d’avoir tiré sur les manifestants présents sur la place du Changement de Sanaa, provoquant une rupture au sein de l’armée : les soldats qui ont fait défection ont rejoint le Général Ali Mohsen Al-Ahmar et se sont installés dans les camps des manifestants anti-gouvernementaux dans les centres urbains. La périphérie sous-développée du Yémen a été abandonnée par les forces gouvernementales, ce qui a permis aux milices armées, aux militants d’Al-Qaïda et aux groupes séparatistes d’intervenir sur des territoires plus importants.
Quatre factions anti-gouvernementales ont émergé à la faveur du chaos politique : les rebelles musulmans chiites (les Houthis) qui ont combattu les forces de M. Saleh dans le Nord entre 2004 et 2009 ; le Mouvement du Sud (Al-Hirak) d’Aden, un groupe séparatiste qui demande la sécession depuis 2007 ; un
nouveau groupe d’insurgés
lié à Al-Qaïda (Ansar Al Shariah), dont l’objectif est d’établir un califat islamique dans le gouvernorat d’Abyan ; et les derniers partisans du régime déchu du président Saleh, dont plusieurs ont défié les décrets pris par le président Hadi leur ordonnant de quitter leurs postes.
Eric Marclay du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dit que l’attaque du 21 mai l’avait conduit « à réviser un nombre de règles de sécurité applicables aux interventions et au personnel international afin de minimiser leur exposition aux risques ».
Les groupes d’aide humanitaire locaux s’adaptent aussi à la situation. Nadwa Al-Dawasari, directrice de Partners-Yemen à Sanaa, a dit à IRIN qu’elle a été obligée de suspendre les interventions réalisées dans le gouvernorat d’Al-Jawf après un attentat à la voiture suicide contre une école où s’étaient réunis des dirigeants houthis le 25 mai.
« Il y a beaucoup d’acteurs sur le terrain en ce moment, et après l’attaque de l’école, nous ne pouvions pas prendre le risque de poursuivre notre action », a dit Mme. Al-Dawasari.
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