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PAKISTAN: Parler ou ne pas parler des abus sexuels à l’égard des enfants
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IRIN
Une étude a montré que la police et d’autres autorités avaient parfois du mal à croire les histoires d’inceste (photo d’archive)
LAHORE, 7 juin 2012 (IRIN) - Sidra Bibi* a subi des abus sexuels alors qu’elle n’était qu’une jeune fille et qu’elle vivait avec ses parents et ses frères et sœurs dans la ville pakistanaise de Lahore. Les années ont passé, mais le traumatisme est resté.
« Ma mère, mon père, mes tantes et mes oncles se mis d’accord pour protéger mon grand-père paternel, qui abusait de moi, de ma sœur et de nos cousines depuis que nous avions six ou sept ans », a dit à IRIN Sidra, aujourd’hui âgée de 30 ans et mariée. Le grand-père, a-t-elle ajouté, leur demandait de le masturber avant de faire subir une pénétration anale à Sidra et sa cousine.
« On nous a demandé de ne pas en parler, car dire la vérité détruirait la famille », a dit Sidra, qui est certaine que le sujet a été abordé par les adultes de sa famille, mais aucune action n’a été entreprise, car « mon grand-père était un vieil homme respecté ». Sidra n’en a jamais parlé à son mari, mais elle dit qu’elle fait « très attention » à sa petite fille.
Sidra n’est qu’une victime parmi les autres. Selon les rapports des médias, les cas d’abus sexuels, qui vont du harcèlement à l’inceste, sont fréquents au Pakistan.
Certains leaders traditionnels réfutent cependant l’existence de cas d’abus sexuels. « Écoutez, ces choses-là n’arrivent pas ici. Ce n’est que de la propagande occidentale. Ici, les musulmanes sont en sécurité chez elles, et je conseille toujours aux gens de s’assurer que leurs filles, leurs femmes et leurs sœurs restent à la maison – sauf pour aller à l’école ou rendre visite à un proche peut-être. Elles ne sont pas en sécurité à l’extérieur de chez elles », a dit Maulvi Abdul Haq, l’imam d’une mosquée locale.
Sahil, une organisation non gouvernementale (ONG) qui est basée dans la capitale Islamabad et qui lutte contre l’abus sexuel des enfants, indique que 2 303 cas d’abus sexuels à l’égard d’enfants ont été signalés dans la presse nationale en 2011, dont 56 cas d’inceste.
Dissimulations
Saad Ahmed Khan, administrateur de programme (médias) pour Sahil, a dit à IRIN : « Aujourd’hui encore, les gens continuent à étouffer ces affaires à cause de la stigmatisation et des pressions sociales … Nous sommes certains que bon nombre de cas ne sont pas signalés, parfois parce qu’ils se produisent dans des endroits reculés où les médias n’ont pas accès, parfois parce que les gens préfèrent ne pas en parler ».
Aliya Abbas, responsable d’une école privée de Lahore, a évoqué le cas d’une élève de sept ans qui se plaignait d’être abusée sexuellement par son frère aîné. « Sa mère répétait que l’enfant mentait, et quand je lui ai dit que j’avais observé un comportement qui pouvait indiquer qu’elle avait subi des abus, elle l’a retirée de l’école. Je me demande souvent comment cette enfant s’en est sortie et si elle a reparlé de cette expérience », a-t-il dit.
Les experts disent que le silence forcé peut se révéler traumatisant. « Les abus sexuels, et particulièrement l’inceste, peuvent laisser des cicatrices profondes – même si elles sont invisibles en surface », a dit à IRIN Ghazala Sumair, psychiatre. « J’ai traité des femmes traumatisées, qui étaient incapables de parler de ce qu’elles avaient enduré 20 ou même 30 ans après avoir subi un inceste. Étouffer une émotion aussi profonde ne fait qu’aggraver la situation ».
« Je n’ai jamais parlé de ce qui s’était passé. Même ma mère n’en parle jamais. Ces abus étaient inavouables », a dit Sidra.
Obstacles à la justice
En 2011, une
étude
réalisée par l’ONG internationale « Égalité maintenant ! », qui s’occupe des questions de surveillance des droits de l’homme, a montré que les victimes de violences sexuelles se heurtaient à « de nombreux obstacles dans leur quête de justice ».
L’étude a révélé que la police, les médecins-examinateurs et d’autres autorités avaient du mal à croire aux histoires d’inceste, ce qui veut dire que même les personnes qui signalent des cas ont du mal à obtenir un soutien. « La stigmatisation sociétale représente un obstacle au niveau de la famille et de la communauté, ainsi qu’au niveau juridique », a noté l’étude.
« Être associé à ce genre de crimes est considéré comme honteux, et les familles étouffent les incidents pour se protéger. Les victimes de viols qui réclament justice sont souvent traitées avec mépris, elles sont accusées de mentir ou d’être responsables du crimes commis ».
Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (
UNICEF
), le Pakistan présente le deuxième nombre d’enfants non scolarisés le plus élevé dans le monde – près de 25 millions. Sept millions d’entre eux sont en âge de fréquenter l’école primaire et 60 pour cent sont des filles.
*nom d’emprunt
kh/eo/cb-mg/amz
Theme (s)
:
Enfants
,
Egalité entre les sexes
,
Démocratie et gouvernance
,
Droits de l'homme
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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« Ma mère, mon père, mes tantes et mes oncles se mis d’accord pour protéger mon grand-père paternel, qui abusait de moi, de ma sœur et de nos cousines depuis que nous avions six ou sept ans », a dit à IRIN Sidra, aujourd’hui âgée de 30 ans et mariée. Le grand-père, a-t-elle ajouté, leur demandait de le masturber avant de faire subir une pénétration anale à Sidra et sa cousine.
« On nous a demandé de ne pas en parler, car dire la vérité détruirait la famille », a dit Sidra, qui est certaine que le sujet a été abordé par les adultes de sa famille, mais aucune action n’a été entreprise, car « mon grand-père était un vieil homme respecté ». Sidra n’en a jamais parlé à son mari, mais elle dit qu’elle fait « très attention » à sa petite fille.
Sidra n’est qu’une victime parmi les autres. Selon les rapports des médias, les cas d’abus sexuels, qui vont du harcèlement à l’inceste, sont fréquents au Pakistan.
Certains leaders traditionnels réfutent cependant l’existence de cas d’abus sexuels. « Écoutez, ces choses-là n’arrivent pas ici. Ce n’est que de la propagande occidentale. Ici, les musulmanes sont en sécurité chez elles, et je conseille toujours aux gens de s’assurer que leurs filles, leurs femmes et leurs sœurs restent à la maison – sauf pour aller à l’école ou rendre visite à un proche peut-être. Elles ne sont pas en sécurité à l’extérieur de chez elles », a dit Maulvi Abdul Haq, l’imam d’une mosquée locale.
Sahil, une organisation non gouvernementale (ONG) qui est basée dans la capitale Islamabad et qui lutte contre l’abus sexuel des enfants, indique que 2 303 cas d’abus sexuels à l’égard d’enfants ont été signalés dans la presse nationale en 2011, dont 56 cas d’inceste.
Dissimulations
Saad Ahmed Khan, administrateur de programme (médias) pour Sahil, a dit à IRIN : « Aujourd’hui encore, les gens continuent à étouffer ces affaires à cause de la stigmatisation et des pressions sociales … Nous sommes certains que bon nombre de cas ne sont pas signalés, parfois parce qu’ils se produisent dans des endroits reculés où les médias n’ont pas accès, parfois parce que les gens préfèrent ne pas en parler ».
Aliya Abbas, responsable d’une école privée de Lahore, a évoqué le cas d’une élève de sept ans qui se plaignait d’être abusée sexuellement par son frère aîné. « Sa mère répétait que l’enfant mentait, et quand je lui ai dit que j’avais observé un comportement qui pouvait indiquer qu’elle avait subi des abus, elle l’a retirée de l’école. Je me demande souvent comment cette enfant s’en est sortie et si elle a reparlé de cette expérience », a-t-il dit.
Les experts disent que le silence forcé peut se révéler traumatisant. « Les abus sexuels, et particulièrement l’inceste, peuvent laisser des cicatrices profondes – même si elles sont invisibles en surface », a dit à IRIN Ghazala Sumair, psychiatre. « J’ai traité des femmes traumatisées, qui étaient incapables de parler de ce qu’elles avaient enduré 20 ou même 30 ans après avoir subi un inceste. Étouffer une émotion aussi profonde ne fait qu’aggraver la situation ».
« Je n’ai jamais parlé de ce qui s’était passé. Même ma mère n’en parle jamais. Ces abus étaient inavouables », a dit Sidra.
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L’étude a révélé que la police, les médecins-examinateurs et d’autres autorités avaient du mal à croire aux histoires d’inceste, ce qui veut dire que même les personnes qui signalent des cas ont du mal à obtenir un soutien. « La stigmatisation sociétale représente un obstacle au niveau de la famille et de la communauté, ainsi qu’au niveau juridique », a noté l’étude.
« Être associé à ce genre de crimes est considéré comme honteux, et les familles étouffent les incidents pour se protéger. Les victimes de viols qui réclament justice sont souvent traitées avec mépris, elles sont accusées de mentir ou d’être responsables du crimes commis ».
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