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samedi 25 mai 2013
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MIGRATION: Les traumatismes voyagent aussi
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Les Neuhaus/IRIN
De nombreux migrants forcés souffrent du syndrome du stress post-traumatique (SSPT)
JOHANNESBOURG, 23 mai 2012 (IRIN) - Georgette* est déjà nerveuse et au bord des larmes avant même de commencer à raconter la longue et douloureuse histoire des violences et des pertes qu’elle a subies en République démocratique du Congo (RDC), sa fuite désespérée vers l’Afrique du Sud et les difficultés et les revers qu’elle a rencontrés depuis son arrivée à Johannesburg il y a un an.
Les soldats rebelles qui ont entouré son village, situé dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, ont rassemblé les hommes, incluant son mari, et les ont enfermés dans un bâtiment avant d’y mettre le feu. Ils ont amené Georgette et les autres femmes dans leur repaire dans les montagnes, où elles ont été violées et utilisées comme esclaves pendant un mois. Certaines d’entre elles ont ensuite réussi à s’échapper et ont fui dans la forêt pour tenter de sauver leur vie.
Avec l’aide d’un prêtre et de quelques sœurs, les femmes ont réussi à se rendre à Lubumbashi, une ville située près de la frontière zambienne. Des chauffeurs de camion ont ensuite amené Georgette jusqu’en Afrique du Sud, où elle croyait avoir de meilleures chances de commencer une nouvelle vie.
Elle ignore ce qui est advenu de ses quatre enfants, qui étaient chez leur grand-mère dans un village voisin au moment de son enlèvement. « Je ne me sens pas bien quand je pense à eux », a-t-elle dit à IRIN. « Je pleure tout le temps. »
Besoins oubliés
Les migrations sont toujours des expériences stressantes et, bien souvent, traumatisantes, en particulier lorsqu’elles sont forcées. L’arrivée dans un endroit relativement sûr n’entraîne pas la disparition immédiate des traumatismes liés au viol, à la torture ou à la perte d’êtres chers. Des études ont montré que les migrants étaient beaucoup plus susceptibles de souffrir d’anxiété chronique, de dépression et de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) que les non-migrants.
Or, les besoins psychosociaux des migrants et des réfugiés sont généralement négligés. Les gouvernements et les organisations non gouvernementales (ONG) se concentrent en effet sur la satisfaction des besoins plus évidents en leur fournissant des abris, des vivres et des papiers d’identité.
Selon le Dr Manuel Carballo, directeur du Centre international pour la migration, la santé et le développement (International Centre for Migration, Health and Development, ICMHD), basé à Genève, on commet une grave erreur en négligeant le bien-être mental et émotionnel des migrants. Cette attitude peut non seulement compromettre leurs chances de survivre et de prospérer dans un nouveau pays, mais aussi accroître l’intensité et la durée de leur dépendance envers les gouvernements hôtes.
L’organisation du Dr Carballo travaille en collaboration avec les autorités locales pour évaluer les besoins psychosociaux des réfugiés qui vivent dans leur communauté et former le personnel afin qu’il soit plus sensible à ces besoins. « Nous devons professionnaliser l’ensemble du processus de soutien post-traumatique, car [les réfugiés] peuvent très rapidement passer entre les mailles du filet et être laissés pour compte. On voit ça tout le temps », a-t-il dit à IRIN.
Le Dr Carballo a admis qu’il n’était pas facile de convaincre les gouvernements et les bailleurs de fonds de financer ces programmes, en particulier dans le contexte économique actuel. « Mais il ne peut y avoir un nombre illimité de gens qui souffrent dans les camps et dans les refuges sans que l’ensemble de la société en soit affecté. Ultimement, la souffrance collective doit être partagée. »
« Il ne peut y avoir un nombre illimité de gens qui souffrent dans les camps et dans les refuges sans que l’ensemble de la société en soit affecté. Ultimement, la souffrance collective doit être partagée »
Obstacles à la guérison
Georgette peut exprimer une partie de sa douleur à l’occasion des séances hebdomadaires de soutien post-traumatique organisées par la clinique spécialisée du Centre pour l’étude de la violence et la réconciliation (Center for the Study of Violence and Reconciliation, CSVR), à Johannesburg.
En 2012, la clinique traitera environ 150 victimes de torture dans le cadre du Refugee Project. Les besoins sont pressants et le financement est incertain d’une année à l’autre, a dit Marivic Garcia, spécialiste des troubles post-traumatiques au CSVR. Par ailleurs, de nombreux réfugiés qui sont déjà aux prises avec des traumatismes liés à des événements du passé subissent de nouveaux traumatismes qui peuvent retarder leur guérison.
S’ils échappent à l’indignité et aux conséquences psychologiques associées au confinement dans les camps de réfugiés, les migrants des zones urbaines vivent souvent dans des conditions extrêmement précaires. Les démarches pour obtenir les documents nécessaires à la demande d’asile peuvent être une source importante de stress. Par ailleurs, plusieurs migrants ont de la difficulté à trouver un emploi et vivent dans une pauvreté abjecte. Ils sont également victimes d’actes criminels et xénophobes.
« Depuis que j’ai quitté Kinshasa, je n’ai jamais retrouvé la tranquillité d’esprit », a dit Céleste*, une réfugiée qui a été chassée de son appartement au Cap pendant la vague d’attaques contre des étrangers qui a balayé le pays en
2008
. « Il n’y a peut-être pas de guerre ici, mais on ne s’y sent pas comme des êtres humains à cause de la façon dont les gens nous parlent et nous regardent. »
Céleste et sa famille ont décidé de partir pour Johannesburg après les attaques, mais le stress de tout recommencer a mis son couple à rude épreuve. Son mari est parti il y a neuf mois et il n’est jamais revenu. Sans son maigre salaire de gardien de sécurité, Céleste était incapable de payer le loyer. Elle et son fils se sont retrouvés à dormir dans la rue tandis que sa fille restait chez un voisin.
Céleste et Georgette ont toutes deux trouvé un refuge temporaire au Bienvenu Shelter, à Johannesburg. Le centre accueille environ 20 femmes et 20 enfants réfugiés et offre des repas et des services de crèche pendant environ trois mois pour permettre aux réfugiées démunies ou nouvellement arrivées de se remettre sur pied et de chercher du travail. De nombreuses femmes restent plus longtemps, a admis la directrice du refuge, Adilia de Sousa.
« Elles ont l’impression de se noyer sans que personne leur tende la main pour les aider à se sortir de là », a-t-elle dit. « Plusieurs d’entre elles sont incapables de garder un emploi à cause de leurs problèmes de santé mentale, mais le principal problème demeure la réticence des employeurs à embaucher des demandeurs d’asile. »
Georgette est d’abord restée pendant 10 mois au refuge avant d’obtenir un modeste prêt du Service jésuite des réfugiés (Jesuite Refugee Service, JRS) pour vendre des chaussures dans le centre de la ville et emménager dans une chambre louée. À cause du coût élevé des loyers, elle a été forcée de partager sa chambre avec plusieurs autres personnes. Une nuit, l’un de ses colocataires a tenté de la violer.
Ses cris ont alerté les voisins et l’homme a été arrêté, mais il a rapidement été relâché et il a recommencé à la harceler, la forçant à retourner au refuge et à abandonner son entreprise. « Je me sentais mieux jusqu’à ce que tout ça arrive. Maintenant, je pense que je serais mieux morte parce que je ne me sens pas en sécurité quand je sors d’ici », a-t-elle dit. « Si le refuge n’existait pas, je serais peut-être déjà morte. »
Sources de soutien
Georgette est traitée pour le SSPT à la clinique du CSVR et fréquente également un groupe de prière mis en place par des compatriotes de la RDC. Pour de nombreux réfugiés traumatisés qui n’ont pas accès aux services de santé mentale limités fournis par les ONG et le secteur public, les églises et les groupes de prière sont parfois la seule source de soutien.
« Quand les gens perdent leur identité, ils ont souvent tendance à se tourner vers la religion », a dit Mme Garcia. « Elle les aide à trouver un sens à ce qui leur est arrivé. Leur réflexion passe souvent de ‘Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ?’ à ‘Dieu a voulu que je vive et il a sûrement ses raisons’. »
Le Dr Carballo, de l’ICMHD, croit qu’en aidant davantage les réfugiés à trouver du travail ou à démarrer des entreprises, on pourrait contribuer à renforcer leur motivation et leur estime d’eux-mêmes tout en allégeant le fardeau qui pèse sur les communautés d’accueil.
Il insiste cependant sur le fait que les personnes qui se remettent d’un traumatisme sont souvent vulnérables. « Certaines d’entre elles sont capables de sourire et de travailler, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont guéries. Sous la surface, il y a tout un contexte qui peut très facilement émerger. »
Regarder les bulletins de nouvelles de la RDC suffit à raviver des souvenirs douloureux de Céleste. Les prières et les séances de soutien post-traumatique l’aident à passer au travers, dit-elle, « mais la douleur est toujours là ».
*Noms d’emprunt
ks/he –gd/amz
Theme (s)
:
Migration
,
Paix et sécurité
,
Réfugiés et déplacés
,
Sécurité
,
Urbanisation
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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JOHANNESBOURG, 23 mai 2012 (IRIN) - Georgette* est déjà nerveuse et au bord des larmes avant même de commencer à raconter la longue et douloureuse histoire des violences et des pertes qu’elle a subies en République démocratique du Congo (RDC), sa fuite désespérée vers l’Afrique du Sud et les difficultés et les revers qu’elle a rencontrés depuis son arrivée à Johannesburg il y a un an.
Les soldats rebelles qui ont entouré son village, situé dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, ont rassemblé les hommes, incluant son mari, et les ont enfermés dans un bâtiment avant d’y mettre le feu. Ils ont amené Georgette et les autres femmes dans leur repaire dans les montagnes, où elles ont été violées et utilisées comme esclaves pendant un mois. Certaines d’entre elles ont ensuite réussi à s’échapper et ont fui dans la forêt pour tenter de sauver leur vie.
Avec l’aide d’un prêtre et de quelques sœurs, les femmes ont réussi à se rendre à Lubumbashi, une ville située près de la frontière zambienne. Des chauffeurs de camion ont ensuite amené Georgette jusqu’en Afrique du Sud, où elle croyait avoir de meilleures chances de commencer une nouvelle vie.
Elle ignore ce qui est advenu de ses quatre enfants, qui étaient chez leur grand-mère dans un village voisin au moment de son enlèvement. « Je ne me sens pas bien quand je pense à eux », a-t-elle dit à IRIN. « Je pleure tout le temps. »
Besoins oubliés
Les migrations sont toujours des expériences stressantes et, bien souvent, traumatisantes, en particulier lorsqu’elles sont forcées. L’arrivée dans un endroit relativement sûr n’entraîne pas la disparition immédiate des traumatismes liés au viol, à la torture ou à la perte d’êtres chers. Des études ont montré que les migrants étaient beaucoup plus susceptibles de souffrir d’anxiété chronique, de dépression et de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) que les non-migrants.
Or, les besoins psychosociaux des migrants et des réfugiés sont généralement négligés. Les gouvernements et les organisations non gouvernementales (ONG) se concentrent en effet sur la satisfaction des besoins plus évidents en leur fournissant des abris, des vivres et des papiers d’identité.
Selon le Dr Manuel Carballo, directeur du Centre international pour la migration, la santé et le développement (International Centre for Migration, Health and Development, ICMHD), basé à Genève, on commet une grave erreur en négligeant le bien-être mental et émotionnel des migrants. Cette attitude peut non seulement compromettre leurs chances de survivre et de prospérer dans un nouveau pays, mais aussi accroître l’intensité et la durée de leur dépendance envers les gouvernements hôtes.
L’organisation du Dr Carballo travaille en collaboration avec les autorités locales pour évaluer les besoins psychosociaux des réfugiés qui vivent dans leur communauté et former le personnel afin qu’il soit plus sensible à ces besoins. « Nous devons professionnaliser l’ensemble du processus de soutien post-traumatique, car [les réfugiés] peuvent très rapidement passer entre les mailles du filet et être laissés pour compte. On voit ça tout le temps », a-t-il dit à IRIN.
Le Dr Carballo a admis qu’il n’était pas facile de convaincre les gouvernements et les bailleurs de fonds de financer ces programmes, en particulier dans le contexte économique actuel. « Mais il ne peut y avoir un nombre illimité de gens qui souffrent dans les camps et dans les refuges sans que l’ensemble de la société en soit affecté. Ultimement, la souffrance collective doit être partagée. »
« Il ne peut y avoir un nombre illimité de gens qui souffrent dans les camps et dans les refuges sans que l’ensemble de la société en soit affecté. Ultimement, la souffrance collective doit être partagée »
Obstacles à la guérison
Georgette peut exprimer une partie de sa douleur à l’occasion des séances hebdomadaires de soutien post-traumatique organisées par la clinique spécialisée du Centre pour l’étude de la violence et la réconciliation (Center for the Study of Violence and Reconciliation, CSVR), à Johannesburg.
En 2012, la clinique traitera environ 150 victimes de torture dans le cadre du Refugee Project. Les besoins sont pressants et le financement est incertain d’une année à l’autre, a dit Marivic Garcia, spécialiste des troubles post-traumatiques au CSVR. Par ailleurs, de nombreux réfugiés qui sont déjà aux prises avec des traumatismes liés à des événements du passé subissent de nouveaux traumatismes qui peuvent retarder leur guérison.
S’ils échappent à l’indignité et aux conséquences psychologiques associées au confinement dans les camps de réfugiés, les migrants des zones urbaines vivent souvent dans des conditions extrêmement précaires. Les démarches pour obtenir les documents nécessaires à la demande d’asile peuvent être une source importante de stress. Par ailleurs, plusieurs migrants ont de la difficulté à trouver un emploi et vivent dans une pauvreté abjecte. Ils sont également victimes d’actes criminels et xénophobes.
« Depuis que j’ai quitté Kinshasa, je n’ai jamais retrouvé la tranquillité d’esprit », a dit Céleste*, une réfugiée qui a été chassée de son appartement au Cap pendant la vague d’attaques contre des étrangers qui a balayé le pays en
2008
. « Il n’y a peut-être pas de guerre ici, mais on ne s’y sent pas comme des êtres humains à cause de la façon dont les gens nous parlent et nous regardent. »
Céleste et sa famille ont décidé de partir pour Johannesburg après les attaques, mais le stress de tout recommencer a mis son couple à rude épreuve. Son mari est parti il y a neuf mois et il n’est jamais revenu. Sans son maigre salaire de gardien de sécurité, Céleste était incapable de payer le loyer. Elle et son fils se sont retrouvés à dormir dans la rue tandis que sa fille restait chez un voisin.
Céleste et Georgette ont toutes deux trouvé un refuge temporaire au Bienvenu Shelter, à Johannesburg. Le centre accueille environ 20 femmes et 20 enfants réfugiés et offre des repas et des services de crèche pendant environ trois mois pour permettre aux réfugiées démunies ou nouvellement arrivées de se remettre sur pied et de chercher du travail. De nombreuses femmes restent plus longtemps, a admis la directrice du refuge, Adilia de Sousa.
« Elles ont l’impression de se noyer sans que personne leur tende la main pour les aider à se sortir de là », a-t-elle dit. « Plusieurs d’entre elles sont incapables de garder un emploi à cause de leurs problèmes de santé mentale, mais le principal problème demeure la réticence des employeurs à embaucher des demandeurs d’asile. »
Georgette est d’abord restée pendant 10 mois au refuge avant d’obtenir un modeste prêt du Service jésuite des réfugiés (Jesuite Refugee Service, JRS) pour vendre des chaussures dans le centre de la ville et emménager dans une chambre louée. À cause du coût élevé des loyers, elle a été forcée de partager sa chambre avec plusieurs autres personnes. Une nuit, l’un de ses colocataires a tenté de la violer.
Ses cris ont alerté les voisins et l’homme a été arrêté, mais il a rapidement été relâché et il a recommencé à la harceler, la forçant à retourner au refuge et à abandonner son entreprise. « Je me sentais mieux jusqu’à ce que tout ça arrive. Maintenant, je pense que je serais mieux morte parce que je ne me sens pas en sécurité quand je sors d’ici », a-t-elle dit. « Si le refuge n’existait pas, je serais peut-être déjà morte. »
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« Quand les gens perdent leur identité, ils ont souvent tendance à se tourner vers la religion », a dit Mme Garcia. « Elle les aide à trouver un sens à ce qui leur est arrivé. Leur réflexion passe souvent de ‘Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ?’ à ‘Dieu a voulu que je vive et il a sûrement ses raisons’. »
Le Dr Carballo, de l’ICMHD, croit qu’en aidant davantage les réfugiés à trouver du travail ou à démarrer des entreprises, on pourrait contribuer à renforcer leur motivation et leur estime d’eux-mêmes tout en allégeant le fardeau qui pèse sur les communautés d’accueil.
Il insiste cependant sur le fait que les personnes qui se remettent d’un traumatisme sont souvent vulnérables. « Certaines d’entre elles sont capables de sourire et de travailler, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont guéries. Sous la surface, il y a tout un contexte qui peut très facilement émerger. »
Regarder les bulletins de nouvelles de la RDC suffit à raviver des souvenirs douloureux de Céleste. Les prières et les séances de soutien post-traumatique l’aident à passer au travers, dit-elle, « mais la douleur est toujours là ».
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