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SANTE: Les experts s’engagent à éradiquer les maladies « négligées »
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Anthony Morland/IRIN
Dans une clinique éthiopienne, un patient se fait examiner les yeux pour établir s’il souffre de trachome, une des maladies "négligées”
LONDRES, 7 février 2012 (IRIN) - Dix maladies peu connues mais débilitantes vont être classées dans les priorités des grandes compagnies pharmaceutiques mondiales, des ministres de la Santé et des gouvernements donateurs. En effet, ceux-ci
se sont engagés
à soutenir l’initiative de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) destinée à éliminer le ver de Guinée (dracunculose), la cécité des rivières (onchocercose), le trachome, la lèpre, la bilharziose (schistosomiase) et les vers intestinaux, pour ne citer qu’une partie de ces maladies dites « négligées ».
A la conférence de Londres, Caroline Anstey, l’un des directeurs de la Banque mondiale, a déclaré aux participants : « Ce n’est pas tant de maladies négligées, mais de personnes négligées qu’il faut parler ici. Je pense que c’est un point crucial et la question est de savoir si vraiment nous tenons compte de leur existence et quelle valeur nous leur accordons. »
Les participants ont promis le 30 janvier de soutenir le
programme de l’OMS
pour maîtriser ou éliminer ces maladies d’ici 2020, en s’engageant à mener plus de recherches et à fournir davantage de médicaments gratuits.
De leur côté, les gouvernements donateurs et des philanthropes privés, dont Bill Gates, ont promis de soutenir la distribution des traitements et de renforcer les systèmes de santé des pays concernés pour que puissent être menés des programmes de contrôle et d’éradication. Les ministres de la Santé du Mozambique, du Bangladesh et du Brésil étaient présents à la conférence.
Il est extrêmement frustrant de travailler sur ces maladies, car elles ne sont pas incurables. Les médicaments nécessaires à leur traitement existent, mais ils sont restés trop chers, n’étaient pas disponibles en quantité suffisante ou ne l’étaient quelquefois que sous une forme difficile à utiliser. L’élément clé de cette initiative est que les organisateurs, et particulièrement Bill Gates, on réussi à convaincre les compagnies pharmaceutiques.
« Les fournisseurs de médicaments sont prêts à se montrer généreux, » a t-il dit. « Mais ils ont besoin de savoir qu’il existe une feuille de route émanant de l’OMS ; ils ont besoin de savoir que le financement pour la distribution peut venir de gens comme la DFID (le Département pour le développement international du gouvernement britannique) et l’USAID ( l’Agence américaine pour le développement international). Ils doivent aussi avoir la certitude que les pays concernés vont organiser leur système de santé de façon à garantir que tous les médicaments vont vraiment parvenir à ceux qui en ont besoin. » La Fondation Bill et Melinda Gates s’est engagée à hauteur de 340 millions de dollars sur les cinq prochaines années ; une partie des fonds est destinée à financer la recherche pour de meilleurs traitements et l’autre à soutenir les programmes de distribution.
M. Gates a réussi à convaincre les compagnies pharmaceutiques de faire des choses qu’elles n’envisageraient jamais habituellement : offrir par exemple leurs produits gratuitement. Haruo Naito, président et directeur de la compagnie japonaise Esai, qui fabrique des traitements contre la filariose lymphatique, plus connue sous le nom d’éléphantiasis, a exposé le problème : « Notre compagnie va dépenser environ 35 millions de dollars pour ce projet. Comment persuader nos actionnaires ? Eh bien, nous allons leur dire que c’est un investissement à long terme, pour les populations, les sociétés et les économies des pays en développement, qui doit leur permettre d’accéder à l’avenir au niveau des pays à moyen revenu. »
La question de la collaboration en matière de recherche était encore plus délicate. Christopher Viebacher, patron de Sanofi, société qui travaille sur l’amélioration du traitement de la maladie du sommeil, a déclaré : « Nous sommes concurrents. Ce n’est déjà pas si facile que cela de travailler ensemble au niveau commercial. Et maintenant, vous nous parlez de recherche et de développement, où se nichent réellement les secrets des fabricants. Il est extrêmement difficile pour nous de partager nos chimiothèques et ce n’est que parce que nous avons conscience de l’immensité du besoin que nous avons réussi à nous réunir. Et c’est là que Bill Gates a joué véritablement un rôle essentiel de catalyseur. »
Des voix discordantes
Toutefois des voix se sont élevées pour souligner qu’en elle-même, la distribution illimitée de médicaments gratuits et adéquats ne saurait être suffisante. Selon Daniel Berman de
Médecins sans Frontières
(MSF) son organisation se réjouit certes que ces maladies négligées attirent enfin plus d’attention, mais, a t-il dit, « nous restons préoccupés de ce que les problématiques liées à certaines de ces maladies sont passées sous silence. » MSF prend l’exemple de la maladie du sommeil qui fut quasiment éliminée au début des années 1960 mais est revenue, plus agressive que jamais, dans les années 1990 parce que les efforts d’élimination ne s’étaient pas poursuivis. MSN aimerait voir davantage soulignée l’importance du soutien des programmes et de la capacité de suivi dans les pays affectés.
Dans une lettre à la revue médicale britannique,
The Lancet
, eux universitaires, Tim Allen de la London School of Economics, et Melissa Parker de l’Université Brunel, ont soulevé une autre question : les problèmes pratiques associés à la médication de masse. Le contrôle ou l’éradication de beaucoup de ces maladies impliquerait de soigner des villages entiers, y compris ceux qui ne sont pas infectés, quelquefois de façon répétée, pour éliminer le foyer d’infection. Les chercheurs ont établi qu’en Tanzanie, où ce genre de programme a été introduit, les populations étaient méfiantes, voire souvent hostiles.
« Après de multiples campagnes de traitement de masse contre la filariose lymphatique, la grande majorité des personnes interrogées… n’étaient [toujours] pas conscientes du lien entre la maladie et les moustiques et n’avaient, dans le meilleur des cas, qu’une vague idée du bien-fondé de ce traitement de masse. Ainsi, elles demandaient pourquoi ceux qui n’étaient pas infectés devaient prendre aussi des comprimés…Il n’est pas très étonnant qu’il circule toutes sortes de rumeurs quant au véritable objectif de ces médicaments. » Certains des soignants qui devaient administrer les traitements ont été pourchassés et battus et n’ont dû leur salut qu’à l’intervention de la police.
« La mise à disposition de médicaments gratuits et subventionnés ouvre la possibilité de faire une énorme différence. Mais la disponibilité des comprimés ne fait pas tout. »
eb/mw-og/amz
Theme (s)
:
Santé et nutrition
,
Politique
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Dans une clinique éthiopienne, un patient se fait examiner les yeux pour établir s’il souffre de trachome, une des maladies "négligées”
LONDRES, 7 février 2012 (IRIN) - Dix maladies peu connues mais débilitantes vont être classées dans les priorités des grandes compagnies pharmaceutiques mondiales, des ministres de la Santé et des gouvernements donateurs. En effet, ceux-ci
se sont engagés
à soutenir l’initiative de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) destinée à éliminer le ver de Guinée (dracunculose), la cécité des rivières (onchocercose), le trachome, la lèpre, la bilharziose (schistosomiase) et les vers intestinaux, pour ne citer qu’une partie de ces maladies dites « négligées ».
A la conférence de Londres, Caroline Anstey, l’un des directeurs de la Banque mondiale, a déclaré aux participants : « Ce n’est pas tant de maladies négligées, mais de personnes négligées qu’il faut parler ici. Je pense que c’est un point crucial et la question est de savoir si vraiment nous tenons compte de leur existence et quelle valeur nous leur accordons. »
Les participants ont promis le 30 janvier de soutenir le
programme de l’OMS
pour maîtriser ou éliminer ces maladies d’ici 2020, en s’engageant à mener plus de recherches et à fournir davantage de médicaments gratuits.
De leur côté, les gouvernements donateurs et des philanthropes privés, dont Bill Gates, ont promis de soutenir la distribution des traitements et de renforcer les systèmes de santé des pays concernés pour que puissent être menés des programmes de contrôle et d’éradication. Les ministres de la Santé du Mozambique, du Bangladesh et du Brésil étaient présents à la conférence.
Il est extrêmement frustrant de travailler sur ces maladies, car elles ne sont pas incurables. Les médicaments nécessaires à leur traitement existent, mais ils sont restés trop chers, n’étaient pas disponibles en quantité suffisante ou ne l’étaient quelquefois que sous une forme difficile à utiliser. L’élément clé de cette initiative est que les organisateurs, et particulièrement Bill Gates, on réussi à convaincre les compagnies pharmaceutiques.
« Les fournisseurs de médicaments sont prêts à se montrer généreux, » a t-il dit. « Mais ils ont besoin de savoir qu’il existe une feuille de route émanant de l’OMS ; ils ont besoin de savoir que le financement pour la distribution peut venir de gens comme la DFID (le Département pour le développement international du gouvernement britannique) et l’USAID ( l’Agence américaine pour le développement international). Ils doivent aussi avoir la certitude que les pays concernés vont organiser leur système de santé de façon à garantir que tous les médicaments vont vraiment parvenir à ceux qui en ont besoin. » La Fondation Bill et Melinda Gates s’est engagée à hauteur de 340 millions de dollars sur les cinq prochaines années ; une partie des fonds est destinée à financer la recherche pour de meilleurs traitements et l’autre à soutenir les programmes de distribution.
M. Gates a réussi à convaincre les compagnies pharmaceutiques de faire des choses qu’elles n’envisageraient jamais habituellement : offrir par exemple leurs produits gratuitement. Haruo Naito, président et directeur de la compagnie japonaise Esai, qui fabrique des traitements contre la filariose lymphatique, plus connue sous le nom d’éléphantiasis, a exposé le problème : « Notre compagnie va dépenser environ 35 millions de dollars pour ce projet. Comment persuader nos actionnaires ? Eh bien, nous allons leur dire que c’est un investissement à long terme, pour les populations, les sociétés et les économies des pays en développement, qui doit leur permettre d’accéder à l’avenir au niveau des pays à moyen revenu. »
La question de la collaboration en matière de recherche était encore plus délicate. Christopher Viebacher, patron de Sanofi, société qui travaille sur l’amélioration du traitement de la maladie du sommeil, a déclaré : « Nous sommes concurrents. Ce n’est déjà pas si facile que cela de travailler ensemble au niveau commercial. Et maintenant, vous nous parlez de recherche et de développement, où se nichent réellement les secrets des fabricants. Il est extrêmement difficile pour nous de partager nos chimiothèques et ce n’est que parce que nous avons conscience de l’immensité du besoin que nous avons réussi à nous réunir. Et c’est là que Bill Gates a joué véritablement un rôle essentiel de catalyseur. »
Des voix discordantes
Toutefois des voix se sont élevées pour souligner qu’en elle-même, la distribution illimitée de médicaments gratuits et adéquats ne saurait être suffisante. Selon Daniel Berman de
Médecins sans Frontières
(MSF) son organisation se réjouit certes que ces maladies négligées attirent enfin plus d’attention, mais, a t-il dit, « nous restons préoccupés de ce que les problématiques liées à certaines de ces maladies sont passées sous silence. » MSF prend l’exemple de la maladie du sommeil qui fut quasiment éliminée au début des années 1960 mais est revenue, plus agressive que jamais, dans les années 1990 parce que les efforts d’élimination ne s’étaient pas poursuivis. MSN aimerait voir davantage soulignée l’importance du soutien des programmes et de la capacité de suivi dans les pays affectés.
Dans une lettre à la revue médicale britannique,
The Lancet
, eux universitaires, Tim Allen de la London School of Economics, et Melissa Parker de l’Université Brunel, ont soulevé une autre question : les problèmes pratiques associés à la médication de masse. Le contrôle ou l’éradication de beaucoup de ces maladies impliquerait de soigner des villages entiers, y compris ceux qui ne sont pas infectés, quelquefois de façon répétée, pour éliminer le foyer d’infection. Les chercheurs ont établi qu’en Tanzanie, où ce genre de programme a été introduit, les populations étaient méfiantes, voire souvent hostiles.
« Après de multiples campagnes de traitement de masse contre la filariose lymphatique, la grande majorité des personnes interrogées… n’étaient [toujours] pas conscientes du lien entre la maladie et les moustiques et n’avaient, dans le meilleur des cas, qu’une vague idée du bien-fondé de ce traitement de masse. Ainsi, elles demandaient pourquoi ceux qui n’étaient pas infectés devaient prendre aussi des comprimés…Il n’est pas très étonnant qu’il circule toutes sortes de rumeurs quant au véritable objectif de ces médicaments. » Certains des soignants qui devaient administrer les traitements ont été pourchassés et battus et n’ont dû leur salut qu’à l’intervention de la police.
« La mise à disposition de médicaments gratuits et subventionnés ouvre la possibilité de faire une énorme différence. Mais la disponibilité des comprimés ne fait pas tout. »
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