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MYANMAR: Dupés par les trafiquants
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Sin Kyel/IRIN
De nombreux hommes birmans se trouvent contraints de travailler dans des conditions d’exploitation, sur des navires de pêche
YANGON, 1 juin 2010 (IRIN) - Après avoir versé 800 dollars à un agent, Ko Hla* a commencé à travailler sur un navire de pêche taïwanais moyennant un salaire mensuel de 260 dollars ; une rémunération intéressante, pensait-il, qu’il obtenait à la sueur de son front, en trimant 18 heures par jour.
« Nous n’avions pas le droit de nous plaindre, nous n’avions pas le droit de contacter nos [familles]. Souvent, ils nous battaient et nous intimidaient », a dit le jeune homme de 30 ans. « Nous ne nous attendions pas à cela ».
Seize mois plus tard, Ko démissionnait et découvrait, à son retour chez lui, que l’agent censé envoyer son salaire à sa famille s’était enfui sans leur verser un seul paiement.
En raison du peu d’offres d’emploi et des faibles salaires proposés, des dizaines de milliers de Birmans partent trouver du travail à l’étranger, dans l’espoir de mieux y gagner leur vie ; mais à l’instar de Ko Hla et ses amis, bon nombre d’entre eux deviennent la proie des trafiquants d’êtres humains.
Bien qu’il n’existe pas de données fiables sur le trafic d’êtres humains au Myanmar, chaque année, plusieurs milliers de personnes tomberaient aux mains des trafiquants, selon les experts.
Des proies humaines
D'après le Projet interorganisations des Nations Unies sur la traite des êtres humains (
UNIAP
), des femmes, des hommes et des enfants birmans sont ainsi envoyés en Thaïlande, en Chine, en Malaisie, en Corée du Sud et à Macao par les trafiquants à des fins d’exploitation sexuelle, de servitude domestique et de travail forcé.
Le Myanmar est également l’escale des victimes du trafic : des Bangladais en route vers la Malaisie, et des Chinois vers la Thaïlande.
Selon le gouvernement birman, la Chine est le pays de destination principal, suivie de la Thaïlande, de la Malaisie et de Singapour.
Femmes et filles sont envoyées en Chine par les trafiquants pour y être mariées de force ou à des fins de commerce sexuel ; adultes et enfants sont envoyés en Thaïlande et en Malaisie à des fins de travail forcé et d’exploitation sexuelle.
« Les victimes des trafiquants croient aveuglément tout ce que leur disent les courtiers sans tenter d’obtenir des informations exactes sur l’emploi proposé », a dit à IRIN Nan Tin Tin Shwe, coordinateur de la lutte contre la traite pour l’organisation non gouvernementale (ONG) internationale
World Vision
.
Les trafiquants du pays pratiquent également la traite à l’échelle nationale, des régions rurales vers les frontières chinoise et thaïlandaise - des itinéraires internationaux connus, empruntés par les trafiquants.
« Une fois qu’ils ont migré à l’intérieur du pays vers ces régions, les enfants risquent de tomber aux mains des trafiquants ; ou bien de finir par travailler dans ces régions, dans des conditions d’exploitation ou de maltraitance », a expliqué Lamia Rashid, directrice de ma protection de l’enfance à
Save the Children
.
Selon les organisations humanitaires, les trafiquants qui proposent des emplois ciblent les enfants et les jeunes du delta de l’Ayeyarwady, dévasté il y a deux ans par le cyclone Nargis.
« Les enfants et les jeunes veulent absolument prendre ces risques et migrer, et ils risquent fort de finir par travailler dans des conditions d’exploitation, notamment sexuelle », a dit Mme Rashid.
Une lutte organisée
Le gouvernement et les organismes internationaux travaillent à l’élaboration d’un plan d’action national destiné à lutter contre la traite des êtres humains, en sensibilisant les populations par le biais des médias et de réunions communautaires.
En outre, le gouvernement a formé 23 groupes de travail contre le trafic afin de porter secours aux victimes, et adopté des lois strictes pour sanctionner les trafiquants.
Selon les experts, des efforts doivent être déployés continuellement pour protéger les victimes à leur retour chez elles et multiplier les mesures de prévention au sein des communautés vulnérables.
« Les victimes de la traite sont issues de communautés sources dispersées dans l’ensemble du pays ; elles vivent souvent dans des villages reculés, situés loin des services offerts par les services de protection sociale, la Fédération de la condition féminine du Myanmar (MWAF) et les ONG », a dit Maciej Pieczkowski, responsable de programme à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Myanmar.
« Se contenter de sensibiliser les populations du pays d’origine ne suffit pas », a néanmoins estimé Ohnmar Ei Ei Chaw, coordinateur de projet national de l’UNIAP.
« Les pays de destination devraient eux aussi prendre des mesures effectives contre les industries qui ont recours à une main-d’œuvre bon marché et exploitent les travailleurs … La communauté internationale doit faire pression sur ces pays de destination ».
* Un nom d’emprunt
sk/at/ds/mw/nh/ail
Theme (s)
:
Economie
,
Egalité entre les sexes
,
Droits de l'homme
,
Migration
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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De nombreux hommes birmans se trouvent contraints de travailler dans des conditions d’exploitation, sur des navires de pêche
YANGON, 1 juin 2010 (IRIN) - Après avoir versé 800 dollars à un agent, Ko Hla* a commencé à travailler sur un navire de pêche taïwanais moyennant un salaire mensuel de 260 dollars ; une rémunération intéressante, pensait-il, qu’il obtenait à la sueur de son front, en trimant 18 heures par jour.
« Nous n’avions pas le droit de nous plaindre, nous n’avions pas le droit de contacter nos [familles]. Souvent, ils nous battaient et nous intimidaient », a dit le jeune homme de 30 ans. « Nous ne nous attendions pas à cela ».
Seize mois plus tard, Ko démissionnait et découvrait, à son retour chez lui, que l’agent censé envoyer son salaire à sa famille s’était enfui sans leur verser un seul paiement.
En raison du peu d’offres d’emploi et des faibles salaires proposés, des dizaines de milliers de Birmans partent trouver du travail à l’étranger, dans l’espoir de mieux y gagner leur vie ; mais à l’instar de Ko Hla et ses amis, bon nombre d’entre eux deviennent la proie des trafiquants d’êtres humains.
Bien qu’il n’existe pas de données fiables sur le trafic d’êtres humains au Myanmar, chaque année, plusieurs milliers de personnes tomberaient aux mains des trafiquants, selon les experts.
Des proies humaines
D'après le Projet interorganisations des Nations Unies sur la traite des êtres humains (
UNIAP
), des femmes, des hommes et des enfants birmans sont ainsi envoyés en Thaïlande, en Chine, en Malaisie, en Corée du Sud et à Macao par les trafiquants à des fins d’exploitation sexuelle, de servitude domestique et de travail forcé.
Le Myanmar est également l’escale des victimes du trafic : des Bangladais en route vers la Malaisie, et des Chinois vers la Thaïlande.
Selon le gouvernement birman, la Chine est le pays de destination principal, suivie de la Thaïlande, de la Malaisie et de Singapour.
Femmes et filles sont envoyées en Chine par les trafiquants pour y être mariées de force ou à des fins de commerce sexuel ; adultes et enfants sont envoyés en Thaïlande et en Malaisie à des fins de travail forcé et d’exploitation sexuelle.
« Les victimes des trafiquants croient aveuglément tout ce que leur disent les courtiers sans tenter d’obtenir des informations exactes sur l’emploi proposé », a dit à IRIN Nan Tin Tin Shwe, coordinateur de la lutte contre la traite pour l’organisation non gouvernementale (ONG) internationale
World Vision
.
Les trafiquants du pays pratiquent également la traite à l’échelle nationale, des régions rurales vers les frontières chinoise et thaïlandaise - des itinéraires internationaux connus, empruntés par les trafiquants.
« Une fois qu’ils ont migré à l’intérieur du pays vers ces régions, les enfants risquent de tomber aux mains des trafiquants ; ou bien de finir par travailler dans ces régions, dans des conditions d’exploitation ou de maltraitance », a expliqué Lamia Rashid, directrice de ma protection de l’enfance à
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Selon les organisations humanitaires, les trafiquants qui proposent des emplois ciblent les enfants et les jeunes du delta de l’Ayeyarwady, dévasté il y a deux ans par le cyclone Nargis.
« Les enfants et les jeunes veulent absolument prendre ces risques et migrer, et ils risquent fort de finir par travailler dans des conditions d’exploitation, notamment sexuelle », a dit Mme Rashid.
Une lutte organisée
Le gouvernement et les organismes internationaux travaillent à l’élaboration d’un plan d’action national destiné à lutter contre la traite des êtres humains, en sensibilisant les populations par le biais des médias et de réunions communautaires.
En outre, le gouvernement a formé 23 groupes de travail contre le trafic afin de porter secours aux victimes, et adopté des lois strictes pour sanctionner les trafiquants.
Selon les experts, des efforts doivent être déployés continuellement pour protéger les victimes à leur retour chez elles et multiplier les mesures de prévention au sein des communautés vulnérables.
« Les victimes de la traite sont issues de communautés sources dispersées dans l’ensemble du pays ; elles vivent souvent dans des villages reculés, situés loin des services offerts par les services de protection sociale, la Fédération de la condition féminine du Myanmar (MWAF) et les ONG », a dit Maciej Pieczkowski, responsable de programme à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Myanmar.
« Se contenter de sensibiliser les populations du pays d’origine ne suffit pas », a néanmoins estimé Ohnmar Ei Ei Chaw, coordinateur de projet national de l’UNIAP.
« Les pays de destination devraient eux aussi prendre des mesures effectives contre les industries qui ont recours à une main-d’œuvre bon marché et exploitent les travailleurs … La communauté internationale doit faire pression sur ces pays de destination ».
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