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jeudi 23 mai 2013
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MIGRATION: Les passeurs prospèrent et les tragédies se multiplient
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Kristy Siegfried/IRIN
Les passeurs prennent de plus en plus de risques pour échapper aux autorités. Résultat ? Le bilan des victimes migrantes s’alourdit
JOHANNESBOURG, 17 juillet 2012 (IRIN) - Abdo Giro*, un pasteur évangéliste et dissident politique de 55 ans originaire du sud de l’Éthiopie, ne se doutait pas de l’épreuve qui l’attendait lorsqu’il a versé 55 000 birrs (3 095 dollars) à des passeurs pour l’amener à Johannesbourg, en Afrique du Sud, depuis la ville frontière de Moyale, au Kenya.
« C’était totalement différent de ce qu’ils avaient promis », a-t-il dit à IRIN par l’intermédiaire d’un interprète.
Alors qu’on lui avait promis une « belle voiture », M. Giro a parcouru la première étape du voyage – la traversée du Kenya et de la Tanzanie – à bord d’un minibus bondé. Il a tout de même eu de la chance, car l’autre moitié du groupe de 76 Éthiopiens dont il faisait partie a fait le même trajet caché dans un chargement de bois à l’arrière d’un pick-up. Les deux véhicules ont emprunté des routes secondaires en mauvais état et roulé principalement de nuit afin d’éviter de se faire repérer. Les policiers qu’ils ont rencontrés les ont laissés poursuivre leur chemin en échange de pots-de-vin.
Juste avant la frontière du Malawi, les passeurs de M. Giro ont fait descendre les migrants dans le bush et les y ont laissés sans nourriture ni eau pendant cinq jours pour aller faire du repérage sur la route qu’ils devaient emprunter.
« Nous avons partagé le peu d’eau que nous avions et mangé des feuilles », se rappelle M. Giro. « Plusieurs d’entre nous sont tombés malades à cause de la chaleur et du paludisme ; quatre personnes sont mortes pendant que nous attendions. »
Pendant que M. Giro se cachait dans le bush, un groupe de migrants éthiopiens conduit par un autre passeur tentait de traverser le lac Malawi. Quarante-sept migrants sont morts dans le naufrage du bateau, qui s’est renversé à cause de la surcharge.
Une semaine plus tard, alors que M. Giro peinait à respirer à l’arrière d’un camion traversant le Mozambique, 42 migrants éthiopiens sont morts étouffés dans un autre camion qui parcourait le centre de la Tanzanie. Le chauffeur a abandonné les cadavres et les 85 survivants sur le bord de la route et continué son chemin.
S’il n’y a pas eu de morts dans le véhicule dans lequel M. Giro voyageait, 16 personnes parmi celles qui se trouvaient à bord du camion chargé de bois sont décédées pendant le voyage.
« Il m’arrive de ne pas pouvoir dormir parce que je pense à eux », a-t-il dit. « Il devrait y avoir plus de lois pour punir ce genre d’individus inhumains. »
Un trafic caché
Si les tragédies survenues au Malawi et en Tanzanie ont mis en lumière le problème du trafic d’êtres humains entre la Corne de l’Afrique et l’Afrique du Sud – un trafic florissant mais largement dissimulé –, il est cependant peu probable qu’elles suffisent à dissuader les migrants
éthiopiens
et somaliens qui veulent échapper aux conflits, à la répression politique, à la sécheresse et à la pauvreté endémique et qui considèrent l’Afrique du Sud comme une terre de liberté et de prospérité relative.
« Pour la plupart des Africains, l’Afrique du Sud est ce qui se rapproche le plus de l’Europe ou de l’Amérique, et il est plus facile de s’y rendre », a expliqué un membre de l’Ethiopian Diaspora Development Association, basée à Johannesbourg, sous le couvert de l’anonymat. « Nombre d’entre eux ont déjà des proches qui vivent ici. »
Les passeurs profitent de la forte demande et de l’impunité relative dont ils jouissent pour exiger des sommes de plus en plus élevées de la part des migrants désespérés tout en faisant peu de cas de leur sécurité.
Pendant la dernière étape du voyage, les passeurs de M. Giro ont demandé aux migrants de leur donner 2 400 dollars supplémentaires pour couvrir les pots-de-vin et la nourriture (de l’eau et du pain rassis). Ils ont sommé les migrants d’appeler leurs amis et leurs proches en Afrique du Sud pour leur dire de réunir l’argent. À son arrivée à Johannesbourg, M. Giro est resté enfermé pendant deux jours dans une maison de la banlieue de Mayfair en attendant que ses quatre cousins, qui travaillent comme vendeurs ambulants, parviennent à amasser la somme nécessaire pour assurer sa libération.
« Ce sera très difficile de les rembourser », s’est plaint M. Giro, qui doit aussi à ses proches 2 000 rands (244 dollars) pour le pot-de-vin qu’ils ont versé à un responsable du ministère de l’Intérieur afin de lui obtenir un permis de demandeur d’asile. Le permis, qui était valide un mois, arrive bientôt à expiration.
Durcissement des contrôles aux frontières
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ETHIOPIE: Les mises en garde ne suffisent pas à dissuader les futurs migrants
AFRIQUE: Mieux gérer les flux migratoires mixtes en Afrique
LESOTHO: Des travailleurs désespérés en proie aux trafiquants
OUGANDA: Soutenir la lutte contre la traite des personnes
DJIBOUTI: Les migrants prêts à tout pour une « vie meilleure »
Au cours de la dernière année, l’Afrique du Sud a adopté diverses mesures afin de réduire le nombre de demandeurs d’asile qui affluent sur son territoire. Les autorités frontalières refusent maintenant systématiquement les demandeurs d’asile potentiels ayant transité par d’autres pays, se fondant sur le principe selon lequel ils auraient dû demander l’asile dans le premier
pays sûr
qu’ils auraient atteint.
D’après Christopher Horwood, coordinateur du
Regional Mixed Migration Secretariat (RMMS)
, basé à Nairobi, ces mesures ne permettent pas vraiment de restreindre les activités des passeurs, mais augmentent les risques pour leurs clients.
« La vérité, c’est que la migration ne s’arrête pas avec le durcissement des politiques et des contrôles aux frontières : elle s’adapte, tout simplement. Les passeurs sont prêts à tout pour échapper à la police et prennent dès lors plus de risques avec les hommes et les femmes qu’ils transportent dans leurs bateaux ou leurs conteneurs et qu’ils cachent dans leurs planques [les mal nommées ‘safe-houses’, en anglais] », a-t-il dit.
L’an dernier, les policiers du nord du
Mozambique
ont répondu à l’afflux d’Éthiopiens et de Somaliens arrivant de Mombasa sur des bateaux de passeurs en interceptant les migrants et en les laissant à la frontière tanzanienne, où ils passaient plusieurs mois en prison avant d’être rapatriés.
Les réseaux de passeurs semblent avoir réagi en modifiant simplement leurs trajets. À la suite de la tragédie survenue sur le lac Malawi à la mi-juin, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a publié une déclaration indiquant que le nombre de migrants et de demandeurs d’asile arrivant au Mozambique avait diminué depuis l’an dernier. Caroline van Buren, la représentante du HCR au Malawi, a dit à IRIN qu’il y avait eu une augmentation significative du nombre de migrants originaires de la Corne de l’Afrique transitant par le Malawi au cours des trois derniers mois. Les groupes de migrants sont généralement interceptés près de la frontière tanzanienne, dans le district de Karonga, et détenus par la police jusqu’à ce que le HCR puisse envoyer une équipe pour identifier ceux qui peuvent demander l’asile et être transférés au camp de réfugiés de Dzaleka.
« Nous avons utilisé une grande partie de notre budget dans les premiers mois de l’année à cause de tous ces groupes de migrants dont il faut examiner les dossiers », a dit Mme van Buren. « En théorie, les véritables demandeurs d’asile ne devraient pas avoir de problèmes à entrer sur le territoire, mais ils sont contraints, à cause des passeurs, de traverser le lac ou de passer par le bush. »
Une activité « peu risquée »
Trois Malawites font face à des accusations d’homicide involontaire en lien avec le naufrage survenu sur le lac Malawi. Or, selon M. Horwood, les condamnations pour trafic d’êtres humains sont rares. Dans les pays comme la Tanzanie, la législation ne criminalise pas spécifiquement le trafic d’êtres humains. Par ailleurs, les autorités responsables de l’application de la loi se rendent souvent coupables de complicité en fermant les yeux, voire en facilitant les activités des passeurs en échange de pots-de-vin.
« Le trafic et la traite d’êtres humains sont des activités lucratives et très peu risquées », a dit M. Horwood à IRIN. « Le nombre de poursuites et de condamnations pour des formes aggravées de trafic et de traite d’êtres humains est extrêmement faible en Afrique. »
La plupart du temps, a-t-il ajouté, ce sont les migrants eux-mêmes qui courent le risque d’être emprisonnés et de subir des mauvais traitements lorsqu’ils sont interceptés par les autorités. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), environ 1 300 migrants irréguliers – des Éthiopiens et des Somaliens, pour la plupart – étaient détenus en Tanzanie en mars de cette année. Un journal kényan a par ailleurs récemment rapporté que 190 ressortissants éthiopiens purgeaient des peines de prison à Isiolo, dans la province orientale du Kenya. Isiolo est une étape sur la route empruntée par les passeurs depuis Moyale.
Criblé de dettes envers ses cousins, M. Giro ignore comment il réussira à payer les pots-de-vin qui lui permettront de renouveler son permis de demandeur d’asile et, surtout, d’obtenir le statut de réfugié. Il a dit à IRIN qu’il regrettait maintenant d’avoir pris autant de risques pour venir vivre en Afrique du Sud.
« J’essaie d’avertir mes compatriotes éthiopiens de ne pas venir, de ne pas faire confiance aux passeurs », a-t-il dit.
*Nom d’emprunt
ks/cb
Theme (s)
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Démocratie et gouvernance
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Migration
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Réfugiés et déplacés
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Sécurité
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[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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Les passeurs prennent de plus en plus de risques pour échapper aux autorités. Résultat ? Le bilan des victimes migrantes s’alourdit
JOHANNESBOURG, 17 juillet 2012 (IRIN) - Abdo Giro*, un pasteur évangéliste et dissident politique de 55 ans originaire du sud de l’Éthiopie, ne se doutait pas de l’épreuve qui l’attendait lorsqu’il a versé 55 000 birrs (3 095 dollars) à des passeurs pour l’amener à Johannesbourg, en Afrique du Sud, depuis la ville frontière de Moyale, au Kenya.
« C’était totalement différent de ce qu’ils avaient promis », a-t-il dit à IRIN par l’intermédiaire d’un interprète.
Alors qu’on lui avait promis une « belle voiture », M. Giro a parcouru la première étape du voyage – la traversée du Kenya et de la Tanzanie – à bord d’un minibus bondé. Il a tout de même eu de la chance, car l’autre moitié du groupe de 76 Éthiopiens dont il faisait partie a fait le même trajet caché dans un chargement de bois à l’arrière d’un pick-up. Les deux véhicules ont emprunté des routes secondaires en mauvais état et roulé principalement de nuit afin d’éviter de se faire repérer. Les policiers qu’ils ont rencontrés les ont laissés poursuivre leur chemin en échange de pots-de-vin.
Juste avant la frontière du Malawi, les passeurs de M. Giro ont fait descendre les migrants dans le bush et les y ont laissés sans nourriture ni eau pendant cinq jours pour aller faire du repérage sur la route qu’ils devaient emprunter.
« Nous avons partagé le peu d’eau que nous avions et mangé des feuilles », se rappelle M. Giro. « Plusieurs d’entre nous sont tombés malades à cause de la chaleur et du paludisme ; quatre personnes sont mortes pendant que nous attendions. »
Pendant que M. Giro se cachait dans le bush, un groupe de migrants éthiopiens conduit par un autre passeur tentait de traverser le lac Malawi. Quarante-sept migrants sont morts dans le naufrage du bateau, qui s’est renversé à cause de la surcharge.
Une semaine plus tard, alors que M. Giro peinait à respirer à l’arrière d’un camion traversant le Mozambique, 42 migrants éthiopiens sont morts étouffés dans un autre camion qui parcourait le centre de la Tanzanie. Le chauffeur a abandonné les cadavres et les 85 survivants sur le bord de la route et continué son chemin.
S’il n’y a pas eu de morts dans le véhicule dans lequel M. Giro voyageait, 16 personnes parmi celles qui se trouvaient à bord du camion chargé de bois sont décédées pendant le voyage.
« Il m’arrive de ne pas pouvoir dormir parce que je pense à eux », a-t-il dit. « Il devrait y avoir plus de lois pour punir ce genre d’individus inhumains. »
Un trafic caché
Si les tragédies survenues au Malawi et en Tanzanie ont mis en lumière le problème du trafic d’êtres humains entre la Corne de l’Afrique et l’Afrique du Sud – un trafic florissant mais largement dissimulé –, il est cependant peu probable qu’elles suffisent à dissuader les migrants
éthiopiens
et somaliens qui veulent échapper aux conflits, à la répression politique, à la sécheresse et à la pauvreté endémique et qui considèrent l’Afrique du Sud comme une terre de liberté et de prospérité relative.
« Pour la plupart des Africains, l’Afrique du Sud est ce qui se rapproche le plus de l’Europe ou de l’Amérique, et il est plus facile de s’y rendre », a expliqué un membre de l’Ethiopian Diaspora Development Association, basée à Johannesbourg, sous le couvert de l’anonymat. « Nombre d’entre eux ont déjà des proches qui vivent ici. »
Les passeurs profitent de la forte demande et de l’impunité relative dont ils jouissent pour exiger des sommes de plus en plus élevées de la part des migrants désespérés tout en faisant peu de cas de leur sécurité.
Pendant la dernière étape du voyage, les passeurs de M. Giro ont demandé aux migrants de leur donner 2 400 dollars supplémentaires pour couvrir les pots-de-vin et la nourriture (de l’eau et du pain rassis). Ils ont sommé les migrants d’appeler leurs amis et leurs proches en Afrique du Sud pour leur dire de réunir l’argent. À son arrivée à Johannesbourg, M. Giro est resté enfermé pendant deux jours dans une maison de la banlieue de Mayfair en attendant que ses quatre cousins, qui travaillent comme vendeurs ambulants, parviennent à amasser la somme nécessaire pour assurer sa libération.
« Ce sera très difficile de les rembourser », s’est plaint M. Giro, qui doit aussi à ses proches 2 000 rands (244 dollars) pour le pot-de-vin qu’ils ont versé à un responsable du ministère de l’Intérieur afin de lui obtenir un permis de demandeur d’asile. Le permis, qui était valide un mois, arrive bientôt à expiration.
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DJIBOUTI: Les migrants prêts à tout pour une « vie meilleure »
Au cours de la dernière année, l’Afrique du Sud a adopté diverses mesures afin de réduire le nombre de demandeurs d’asile qui affluent sur son territoire. Les autorités frontalières refusent maintenant systématiquement les demandeurs d’asile potentiels ayant transité par d’autres pays, se fondant sur le principe selon lequel ils auraient dû demander l’asile dans le premier
pays sûr
qu’ils auraient atteint.
D’après Christopher Horwood, coordinateur du
Regional Mixed Migration Secretariat (RMMS)
, basé à Nairobi, ces mesures ne permettent pas vraiment de restreindre les activités des passeurs, mais augmentent les risques pour leurs clients.
« La vérité, c’est que la migration ne s’arrête pas avec le durcissement des politiques et des contrôles aux frontières : elle s’adapte, tout simplement. Les passeurs sont prêts à tout pour échapper à la police et prennent dès lors plus de risques avec les hommes et les femmes qu’ils transportent dans leurs bateaux ou leurs conteneurs et qu’ils cachent dans leurs planques [les mal nommées ‘safe-houses’, en anglais] », a-t-il dit.
L’an dernier, les policiers du nord du
Mozambique
ont répondu à l’afflux d’Éthiopiens et de Somaliens arrivant de Mombasa sur des bateaux de passeurs en interceptant les migrants et en les laissant à la frontière tanzanienne, où ils passaient plusieurs mois en prison avant d’être rapatriés.
Les réseaux de passeurs semblent avoir réagi en modifiant simplement leurs trajets. À la suite de la tragédie survenue sur le lac Malawi à la mi-juin, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a publié une déclaration indiquant que le nombre de migrants et de demandeurs d’asile arrivant au Mozambique avait diminué depuis l’an dernier. Caroline van Buren, la représentante du HCR au Malawi, a dit à IRIN qu’il y avait eu une augmentation significative du nombre de migrants originaires de la Corne de l’Afrique transitant par le Malawi au cours des trois derniers mois. Les groupes de migrants sont généralement interceptés près de la frontière tanzanienne, dans le district de Karonga, et détenus par la police jusqu’à ce que le HCR puisse envoyer une équipe pour identifier ceux qui peuvent demander l’asile et être transférés au camp de réfugiés de Dzaleka.
« Nous avons utilisé une grande partie de notre budget dans les premiers mois de l’année à cause de tous ces groupes de migrants dont il faut examiner les dossiers », a dit Mme van Buren. « En théorie, les véritables demandeurs d’asile ne devraient pas avoir de problèmes à entrer sur le territoire, mais ils sont contraints, à cause des passeurs, de traverser le lac ou de passer par le bush. »
Une activité « peu risquée »
Trois Malawites font face à des accusations d’homicide involontaire en lien avec le naufrage survenu sur le lac Malawi. Or, selon M. Horwood, les condamnations pour trafic d’êtres humains sont rares. Dans les pays comme la Tanzanie, la législation ne criminalise pas spécifiquement le trafic d’êtres humains. Par ailleurs, les autorités responsables de l’application de la loi se rendent souvent coupables de complicité en fermant les yeux, voire en facilitant les activités des passeurs en échange de pots-de-vin.
« Le trafic et la traite d’êtres humains sont des activités lucratives et très peu risquées », a dit M. Horwood à IRIN. « Le nombre de poursuites et de condamnations pour des formes aggravées de trafic et de traite d’êtres humains est extrêmement faible en Afrique. »
La plupart du temps, a-t-il ajouté, ce sont les migrants eux-mêmes qui courent le risque d’être emprisonnés et de subir des mauvais traitements lorsqu’ils sont interceptés par les autorités. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), environ 1 300 migrants irréguliers – des Éthiopiens et des Somaliens, pour la plupart – étaient détenus en Tanzanie en mars de cette année. Un journal kényan a par ailleurs récemment rapporté que 190 ressortissants éthiopiens purgeaient des peines de prison à Isiolo, dans la province orientale du Kenya. Isiolo est une étape sur la route empruntée par les passeurs depuis Moyale.
Criblé de dettes envers ses cousins, M. Giro ignore comment il réussira à payer les pots-de-vin qui lui permettront de renouveler son permis de demandeur d’asile et, surtout, d’obtenir le statut de réfugié. Il a dit à IRIN qu’il regrettait maintenant d’avoir pris autant de risques pour venir vivre en Afrique du Sud.
« J’essaie d’avertir mes compatriotes éthiopiens de ne pas venir, de ne pas faire confiance aux passeurs », a-t-il dit.
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